Interview avec Vika Trenas : « Je me sens quelqu’un de l’époque baroque »

Vika Trenas est bien connue au milieu culturel biélorusse – comme poétesse, rédactrice en poésie dans la revue littéraire « Maladosts’ ». Elle participe activement aux évènements culturels comme organisatrice aussi, collabore avec les jeunes créateurs et écrivains renommés, intervient avec les articles critiques et interviews.

Auteur de deux recueils de poèmes, “Экзістэнцыйны пейзаж” (Paysage existentiel) et “Цуд канфіскаванага дзяцінства” (Le miracle de l’enfance confisquée), Vika pointe les émotions de sa héroïne lyrique alors les images et les métaphores deviennent très expressives et dynamiques.  

Cette interview est donnée après une des soirées littéraires et musicales qu’elle a organisée- « Formes culturelles » – et présente quelques aspects de sa vie culturelle.

Vika Trenas Minsk Bélarus poétesse, rédactrice en poésie, critique– Je peux vouvoyer ou tutoyer ?

– Je crois que nous pourrons parler librement en tutoyant. En général dans la vie privée aussi bien que professionnelle je suis le principe de libre communication. Ainsi les auteurs de la revue « Maladosts’ », de mon âge, les collègues, les nouvelles connaisssances vont se sentir plus à l’aise dans la rédaction et il sera plus simple de tisser des liens professionnels.

– Je sais que tu est souvent interviewée. As-tu une question que tu n’aimes pas ?

– La question que je n’aime surtout pas – c’est celle à propos de mon nom de plume. Elle est souvent posée et m’irrite même. Pendant assez longtemps mes connaissances et amateurs de littérature biélorusse ont été sûrs que Trenas est mon vrai nom mais en effet c’est un mot assez connu, un genre littéraire qui figure au programme d’école dans les classes supérieures, il se traduit comme « les pleurs sur les morts ».– Pourquoi un choix si triste?

– Premièrement chez moi ce mot est associé avec l’oeuvre du même titre de l’écrivain du XVII siècle Myaletsiy Smatrytski. Le choix de ce nom de plume est l’hommage à la tradition littéraire. Comme j’ai étudié la littérature de l’époque du baroque, défendu la thèse de fin d’études à ce sujet, en général je me sens quelqu’un de l’époque du baroque à qui est propre une non-équilibrité, la recherche de lui. De plus, je me rapporterais aux écrivains qui ne savent pas être joyeux. Cela s’est fait spontanément, au-delà de ma volonté.

– Pourtant dans ton livre il y a des images positives par exemple, « je porte en moi une ville ensoleillée » dans le poème « Liberté ».  

– L’héroïne  du poème « Liberté » est une fille en tenue blanche qui voyage à travers le monde et arrive là où on a besoin d’elle, elle éclaircie les âmes alors porte le soleil en elle. Elle apporte de la chaleur, du calme – ce qui me manque.

– As-tu eu des moments critiques où ta création a changé radicalement ?

– Ce sont plutôt les critiques littéraires qui pourraient répondre à cette question de manière objective, mais de manière subjective je pourrais marquer deux étapes dans ma création. (A vrai dire, je n’aime pas le mot « création », je préfère dire que j’écris des poèmes). Ces deux étapes se voient dans mon premier et deuxième recueils de poèmes. Le premier livre présente un personnage adolescent, une jeune personne qui commence son chemin de vie et de création, entre dans la vie adulte, ce livre illustre l’état émotionnel et psychologique de la personne qui n’est plus enfant mais n’est pas encore adulte. Le héros lyrique du deuxième recueil est une personnalité bien formée avec ses propres valeurs, d’où le titre du livre – « Paysage existentiel ».

– Peux-tu parler plus de ces valeurs et as-tu ta propre vision d’existence ?

– Je suis philologue alors alors ma propre vision se base avant tout sur les livres lus, sur la théorie de courants d’art comme telle. Autre chose que les courants esthétiques différents chez un créateur plus ou moins indépendant peuvent se combiner et former une unité. J’ai pensé qu’ écrire des poèmes dans le style de philosophie existentielle qui s’est montrée autrefois dans la prose des écrivains français du début du Xxème siècle, c’est bien mon expression créative à l’étape donnée. Le sens de l’Etre que j’ai toujours, qui est ma propre vie, n’a pas pu être sans expression dans mes textes poétiques.

– Tu as deux formations supérieures – tu as terminé les études en philologie russe et biélorusse à la fois. Et tu as écris en russe pendant un long temps. Comment ces deux langues ont coexisté dans ta vie et ta création ?

– En effet j’ai commencé à écrire des poèmes dans l’adolescence, et en russe. Evidemment, la qualité de ces oeuvres était à améliorer. Mon chemin vers la langue biélorusse a été assez spontané, inattendu pour moi-même. Cela a eu lieu à l’âge de 14-15 ans. Depuis lors je n’ai pas eu de limites de langue – j’ai écris ce que l’âme me disait. J’ai eu la chance de publier mes oeuvres dans les éditions russophones et biélorussophones. En 2007 j’ai même participé au Forum de jeunes écrivains de Russie. D’ailleurs c’est après cet évènement que j’ai eu pleine conscience de moi-même comme porteuse de culture biélorusse, je me suis sentie bien placée et demandée dans l’espace de ma langue natale, et le besoin d’écrire en russe n’a plus été question. Depuis lors en deux ans je n’ai écris aucun mot poétique en russe.

– Comment es-tu entrée dans l’espace littéraire ?

– Ma première publication a paru en 2000, et c’est ma copine qui a envoyé mes poèmes dans un journal, je n’étais même pas au courant. A l’époque je n’ai pas eu de nom de plume, les poèmes ont paru sous le prénom de Vika.

Cela arrive souvent dans la vie d’une personne créative que c’est le chemin le choisit, pas elle qui choisit son avenir. J’ai eu de même. Se trouvant absolument par hasard dans un milieu biélorussophone, je m’y suis restée et j’espère, c’est pour toujours.

– Parle-moi de tes passions musicales.

– Personne ne m’a jamais posé cette question. En effet, je suis mélomane, élevée sur le rock russe classique, depuis l’enfance je me suis passionnée pour Vyatcheslav Boutousov, Boris Grebenchtchikov, Viktor Tsoy. De dernier temps j’ai commencé à comprendre plus les courants de musique compliqués comme le jazz et le blues. Bien sûr, cela est dû au changement mental et intellectuel. En général la musique a toujours fait partie de mon âme, de ma vision du monde. A la première étape de mon activité l’impact de la culture rock s’est senti fort, et je n’ai pas pu m’en débarasser pendant assez longtemps. Mais avec le temps l’homme dépasse ses passions, crée quelque chose de nouveau.

– Comment à ton avis doit être la littérature biélorusse professionnelle ?

– Le mot « littérature biélorusse professionnelle » peut paraître paradoxale à plusieurs car nous avons très peu de créateurs qui peuvent vivre avec l’argent gagnés de leurs livres. « Professionnelle » est censée être une activité qui peut assurer financièrement, mais comme on sait, avec la littérature biélorusse, qui est « d’élite » pour des raisons différentes, on ne gagne pas. Pourtant les tendances de développement du plus jeune courant de la littérature biélorusse témoignent de ce que notre littérature peut être de haute qualité et même devenir un métier pour nos écrivains. Je parle de la génération performante des écrivains de 20-25 ans grâce à qui notre littérature se médiatise sur internet (il y a des ressources en ligne nombreuses : blogs et sites à orientation nationale) et commence à gagner un auditoire plus large. Cela se voit aussi dans de nombreux livres parus dans les maisons d’édition privées et d’Etat, et dans le succès rencontré par les évènements littéraires, les festivals internationaux (par exemple, Grand-duché de Poésie, Ordre des mots, slams poétiques).

– Quelle influence a ton travail de rédactrice en poésie dans la revue « Maladosts’ » sur ta vision de la création et de créateurs ?

– Cela fait la troisème année que je travaille dans la revue « Maladosts’ ». Le travail de rédacteur avant tout aide à obtenir une expérience sans prix de vie et de profession, bien sûr, grâce aux collègues plus âgés, au travail quotidien avec les auteurs. Très souvent je dois jouer le rôle de philologue, rédacteur et journaliste, mais aussi psychologue. Cela me fait plaisir de faire de nouvelles connaissances tous les jours – je parle des débutants de la revue « Maladosts’ », des créateurs qui entrent sur leur chemin, avec qui nous collaborons, intervenons, devenons amis. Le poste de rédacteur en poésie est revêtu d’une grande responsabilité car il oblige à être responsable pour chaque mot publié, le tien et celui des auteurs. De plus, c’est le rédacteur qui forme les goûts de lecteurs et définit l’orientation esthétique de la revue.

– Actuellement plusieurs jeunes créateurs se réunissent activement, créent des communautés diverses, des associations, n’est-ce pas ? Si c’est une tendance, à quoi est-elle due ?  

– Si mentionner les communautés créatives qui existent, on peut mentionner l’activité du « Théâtre poétique Art S » (Aksana Spryntchan et Zmitser Artsiuh), la communauté autour de la revue « Dzeyasloy » et PEN-centre qui organise des concours littéraires annuels (Marya Martysevitch, Siargei Pryloutski, Andrei Adamovitch, Vital Ryzkou et plusieurs autres), « Litaraturnae pradmestse » qui existe la septième année (gérée par l’écrivaine et journaliste Ludmila Rubleuskaya). Je peux mentionner aussi notre groupe de promotion VU (Vika Trenas et Yuliya Novik) récemment créé. Cette tendance signifie que nous avons un processus littéraire normal, dynamique.

– Comment doit être le jeune créateur et quels seraient ses premiers pas ?  

– Le jeune créateur contemporain dans notre espace culturel doit avoir les traits du caractère comme sociabilité, curiosité d’apprendre les choses, il doit être actif et avant tout connaître son métier à fond  (designer, photographe, peintre ou homme de littérature). Tout métier exige la réception de nouvelles connaissances, un travail interne constant.

Si parler d’un écrivain débutant, son premier pas conscient serait la visite d’une rédaction. Il faut se préparer à entendre de la critique, parfois sévère, car tout métier créatif est une survie dans les conditions de l’autoperfection constante et concurrence. Le débutant ne doit pas se limiter d’une seule publication, même dans la presse républicaine. Le littérateur doit écrire, écrire beaucoup et essayer de nouveaux genres, aborder le journalisme ce qui lui permettrait de former son goût, sa position esthétique. Cela n’est possible qu’en pratique. Savoir la théorie de littérature ne suffit pas. Il faut combiner les deux.

– As-tu des proverbes préférés qui t’ont été utiles ?

– Je mentionne souvent le nom de mon blog « le chemin c’est la vie » (Vie est vita). J’aime beaucoup voyager, explorer de nouveaux horizons dans le sens direct et figuré.

J’aime aussi l’expression Veni, vidi, vici. Mes amis s’en moquent souvent car le mot latin vici fait référence à mon prénom. J’aime beaucoup la littérature d’Ancienne Grèce par exemple Gomer. Je crois qu’il faut « mûrir » moralement pour comprendre ces oeuvres – alors elles deviendront les sources de sagesse.

Je souhaite à tous les lecteurs du positif, du calme moral dans la conception de la vie !

Merci !

Photo par Nina Gronskaya

(L’interview a paru le 10 novembre 2009 sur le site http://rv-blr.com/biography/interview_view/162 en biélorusse)

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