Aksana Spryntchan – philosophie de l’extraordinaire

Aksana Spryntchan est une personne extraordinaire. Chaque son intervention ou projet, personnel ou commun, privé ou public, devient une action intéressante. Génétiquement poétique, inspirée, originale, avec une vision de vie philosophique et ironique, elle réunit facilement d’autres créateurs par ses idées et les « enflamme » par son enthousiasme.

Aksana est née le 23 août 1973 à Louninets, Bélarus. Auteur des recueils de poèmes “Вершы ад А.” (Poèmes de A.) (2004), “ЖываЯ” (Vivante) (2008), de la sms-pièce “Chemin et Voie” (2009, avec Ales’ Antsipenka), de “l’Encyclopédie extraordinaire d’instruments populaires biélorusses” (2010, avec Yarash Malisheuski). Directrice du Théâtre Poétique Art.C. Collectionneuse de grenouilles. Maîtresse de la Mont Lysaya (Лысая Гара, la mont de 342 de hauteur à 21 km au nord de Minsk). Amoureuse.

 Aksana est revenue récemment de ses vacances créatives de Suède d’où elle a apporté un bouquet de photos et d’impressions.

(L’interview est publiée en biélorusse le 6 septembre 2010 sur http://www.minchanka.by/minchanki/aksanasprinchan.html)

(Photo des archives)

-Quand tu t’es sentie poétesse ? Femme créative ? Quelques mots sur les créateurs de ta famille.
– J’ai toujours été une nature poétique car j’ai grandi dans un milieu de livres, poètes et poésie : mon grand-père était poète, mon père l’est aussi. Plus tard j’ai appris que ma grand-mère Svyatlana et mon arrière-grand-père Vasil’ avaient écrit des poèmes et de la prose en langue ukrainienne. Je me suis sentie poétesse le 13 avril 2000 où j’ai écris mes premiers poèmes. Quand je me fatigue de la vie à Minsk, je dis même que j’aime Minsk seulement pour ce que j’ai commencé à créer des poèmes dans ses sous-sols car cela a eu lieu quand j’allais au travail, au métro. Je me sentie une femme créative quand j’ai compris que même le travail aimé et mon mari me privaient de liberté tandis que les poèmes me sauvaient. Quand même le milieu familial m’est proche, surtout celui d’une famille créative.
Mes ancêtres ont écrit en ukrainien et en russe et moi j’ai commencé à écrire en biélorusse. Alors, on peut dire, nous avons notre propre une Union des écrivains créée en XIX siècle. Elle a le Statut de Grand-Duché d’Amour. Ses contributions – ce n’est pas de l’argent mais la naissance et la mort…

Par quels mots peux-tu déterminer ta nature créative ?

– Je peux le faire avec les titres de mes recueils de poèmes « Poèmes de A. » et « Vivante » (“Вершы ад А.” et “ЖываЯ” ) – moi intérieure et vivante, de l’originalité à la sérénité, des asters au jasmin.

Chauffer l’âme et le cie

-Par quoi commence ton activité d’organisatrice des évènements? Quelles soirées les plus remarquables as-tu inventées/organisées? Maintenant tu optes pour les interventions personnelles ou la réunion des gens autour d’une idée intéressante ?

-Mon esprit organisateur s’est révelé pour la première fois dans la maison d’édition « Encyclopédie Biélorusse » où à part le travail, j’ai procédé à l’organisation des « fêtes ». Ensuite dans la communauté de jeunes créateurs « Litaratyrnae pradmestse » qui m’a même honorée en 2007 de son prix « pour les capacités d’organisation éminentes manifestées lors de la préparation et réalisation des évènements de littérature et d’arts de la communauté ». Ainsi j’ai été la première à remporter ce prix « Blakitny Svin -2006 » et reçu 100 crayons que j’utilise toujours pour rédiger les plans des évènements.
En 2006 ensemble avec le poète et journaliste Zmitser Artsiuh nous avons fondé le Théâtre poétique « Art.S » et depuis lors ma vie se partage en deux saisons : travailler les plates-bandes dans la Mont Lysaya et préparer les soirées de théâtre poétique à Minsk. Depuis lors on a eu autant de soirées culturelles de toute sorte que c’est un sujet pour une intérview a part, je peux nommer pour exemple le projet astrologique et poétique « 12 constellations » – 12 soirées où nous avons invité les créateurs du certain signe du zodiaque ; le projet 2010 – « 7 miracles du Bélarus » qui est en cours ; et le projet « Les Fêtes à la biélorusse » conçu pour 12 ans – tentative de créer notre propre calendrier biélorusse. Ainsi, l’an 2009 a été l’An de Coccinelle, et maintenant c’est l’An de Grenouille Verte.

En effet je m’intéressée déjà plutôt pas à inventer, créer des soirées moi-même, mais à déployer le potentiel des participants au théâtre, aider-les à réliser leurs projets. Vous pouvez trouver toute l’information sur l’activité de notre théâtre poétique sur le site web http://art-s.by/ (en biélorusse).

Parle de ta passion pour la photographie et qu’est-ce que tu aimes photographier le plus ? Dans quel pays aimerais-tu te trouver pour faire des photos tout simplement ? Parle de tes projets de séries des expositions photo.  

– En moi se montent les gènes des ancêtres – poétiques, l’amour pour cultiver la terre, et la passion pour la photo – je la tiens de mon arrière-grand-père qui a fait des photos dans la première moitié du XX siècle.
J’ai voulu devenir photographe dans l’enfance, mais j’ai été chagriné par le fait que je ne figurerais pas à la fois sur les photos alors j’ai changé d’avis… Maintenant cela me fait plus d’intérêt de me voir sur les photos des autres ou dans l’autre.

Selon ma propre classification, il y a des photographes qui font « de l’élevage des animaux » – photos de studio, mises en scène, et il y a ceux qui chassent les moments « sauvages ». Je rejoins les derniers – les chasseurs. Tu saisis un moment et en vis une éternité – voilà pour moi le sens de la photographie.

Suède

Suède

Cela serait chef-d’oeuvral de prendre les photos de la Mont Lysaya à proximité de laquelle se trouve la cité Zaslawye, à l’époque de la grande-duchesse Ragneda et son fils Izyaslau; de Louninets à l’époque du mariage de mon grand-père et ma grand-mère ; de l’Ukraine à l’époque où mon arrière-grand-père a commencé à écrire des poèmes, a peint les chapelles près de Kirovograd ; la Moldavie et la Roumanie à l’époque de l’apparition du nom Spryntchan.
Pourtant celui qui a de l’intérêt pour la vie, le garderais à toute époque, toute époque serait sa préférée. Il y a encore dans les villages biélorusses qui m’inspirent à créer la série photo « Les visages comme des oeuvres ». Il y a déjà des fleurs près de la Mont Lysaya dont les portraits je voudrais réunir avec ceux des fleurs suédoises et faire une exposition nommée « Compagnie de fleurs et d’alcools » en comparant chaque fleur avec une boisson. Ce n’est pas par hasard qu’on s’enivre également de la beauté et de l’arôme des fleurs…

Suède

-Quand tu t’es fait faire un tatouage sous forme d’une grenouille ? Tu as une collection de grenouilles, qui t’inspiré ? Quoi d’autre aimerais-tu collectionner?

-La grenouille a sauté sur mon épaule gauche en août 2004, et depuis 2008 je suis devenue une collectionneuse. Les grenouilles – l’héritage des gènes de marais, région de Polésie. J’aimerais bien que dans ma ville natale de Louninets il y ait le Musée de grenouille visité par les touristes du monde entier. Ma collection pourrait servir de base pour ce musée, et seule la grenouille de mon épaule resterait avec moi.
La grenouille est pour moi un symbole de Bélarus. Les cigognes nous quittent pour une demi-année, les aurochs sont entourés des enceintes. Et seules les grenouilles restent toujours avec nous dans nos marais – les poumons de l’Europe. De plus les grenouilles ne vivent pas enfermées, comme des grenouilles de l’Amérique du Sud ou de l’Afrique. Et elles nous apprennent même à voir dans chaque grenouille (humain) pas seulement l’apparence mais aussi l’âme-princesse.

Maintenant grâce à ma collection, je peux vivre une journée entière en utilisant des objets-grenouilles : une brosse à dents sous forme d’une grenouille, un savon, une boîte à savon, une assiette, une tasse, une théière, un sac à dois, un parapluie, un étui pour le téléphone portable, des bijoux, et même un goupillon pour la cuvette… J’ai une grenouille d’or, d’argent, de bronze, de malachite, de verre, d’onyx, d’étain, de bois, de paille… Mes grenouilles viennent d’Etats-Unis, d’Italie, de Chine, d’Allemagne, de Pologne, de Russie, de Tadjikistan, d’Ukraine, de République Tchèque, de Suède… Mes grenouilles sont offertes par les écrivains biélorusses – Valentsin Akudovitch, Piotr Vasiutchenka, Vasil’ Dranko-Maisiuk, Alena Masla, Serge Minskevitch, Yuras’ Patsiupa, Vital’ Skalaban, Ludmila Rubleuskaya, Viktar Shnip…

Suède

-Est-ce vrai que c’est plus difficile d’écrire pour enfants que pour adultes ? Quelles oeuvres as-tu pour enfants ? Comment les perçoit ta fille ?
– Pour qui il est plus difficile de vivre dans ce monde – pour un enfant ou pour un adulte ? Une question sans réponse. Idem pour les oeuvres pour enfants et adultes. Quand ma fille est née, j’ai commencé à écrire des oeuvres pour elle. Son troisième mot après « mère » et « père » a été le mot « duda » (cornemuse). Ce n’est pas étonnant – mon mari aimé et son père Yarash Malisheuski – est musicien et collectionneur d’instruments de musique. Ensemble nous avons écris « L’encyclopédie extraordinaire des instruments populaires biélorusses » publiée par la maison d’édition « Mastatskaya litaratura ». Je continue à écrire le livre des histoires joyeuses « Mamana Aksana, tatash Yarash et datcheta Alzhbeta : Exclusif total » où c’est la fille Alzhbeta qui a la parole.
Le recueil de poèmes « Rap sur la rave : Poèmes pas tristes avec un dictionnaire gai » est en préparation à la publication dans la maison d’édition « Litaratura i mastatstva ». Avec ce livre j’ai remporté la victoire au concours “Littérature – pour enfants” (2009) et comme prix cette année j’ai passé un mois en Suède dans l’île de Gotland, dans la ville de Visby.

Tadjikistan

– Et qu’est-ce qui t’a impressionné, et inspiré si loin du Bélarus ?

– Gotland est ma première rencontre avec l’Europe. Le mois du juillet a été à comparer avec un conte de fée – la vue par la fenêtre – le Temple de la Vierge Marie, la mer, les cloches qui sonnent chaque heure. Toute la ville entourée de murs anciens de 3,5 km de long, inscrits dans le Patrimoine de UNESCO. Le soir dans les rues pavées on voit des hérissons, les maisons sont couvertes de roses, le jardin de plantes n’est pas fermé même dans la nuit, il n’y pas de chiens et chats sans abri, pas de police en vue… Mais dans « l’île de cent chapelles » comme on appelle Gotland (en effet il y en a 92), pour moi le plus haut était le Temple du Bélarus.

 –Comme je sais, ce n’est pas ton premier concours poétique qui a résulté en un voyage.

-Oui, en 2008 j’ai obtenu le prix spécial du jury dirigé par Palada Bul Bul Agly dans le cadre du prix international « Communauté des débuts » – « Pour la lyrique philosophie ». Il m’a été délivré dans la résidence suburgaine du Président de Tadjikistan où les bâtiments se trouvent dans les champs au-dessus d’un fleuve montagnard, où des montagnes où les nuages se reposent, tombent les chutes d’eau. Près de Douchanbé j’ai vu pour la première fois les fleurs de coton, et au marché de Gisara je me suis achetée des tissus pour ensuite en confectionner une robe et organiser une soirée inspirée par Tadjikistan, « L’Orient – à droite et à gauche ». L’Orient impressionne mais je suis née dans le Sud.

Au Sud du larus… As-tu d’autres lieux préférés au Bélarus mis à part Louninets ?
– Louninets est yan, mon début masculin, et la Mont Lysaya est yin, mon début féminin. Je vis entre Louninets et la Mont Lysaya. Près de ma maison de campagne poussent un cerisier, un poirier, le jasmin, les fraises de Louninets. Et dans la Mont même j’ai planté deux petits ornes qui sont nés comme moi, dans la rue Gagaryna,126. Un autre orne apporté de ma ville natale Louninets, pousse près du Saint Lac près de la Mont Lysaya. Je relie ce qui m’est proche, avec les plantes et les mots. Je crée mon propre ornement végétal et linguistique. D’ailleurs, en Suède il y a désormais de la terre biélorusse car j’ai apporté et planté une plante zhyvutchka de la Mont Lysaya. Et pour la Mont Lysaya j’ai « emprunté » la fleur suédoise geihera.

– Un poème qui décris ton état d’âme d’aujourd’hui.

Un poème – sans signes de ponctuation, l’autre – avec.

цела маё стане
зямлёю
душа мая стане
небам
а пакуль я
лінія далягляду
колькі не набліжайся
аддаляюся
каб застацца сабою

АЭС:А.С

аблокі нагадваюць блокі АЭС
сваячкі –
паводле гучання ініцыялаў
я таксама А.С.
згодна майго
ўлюбёнага прынцыпу трох “Э”
усё ў жыцці павінна быць
энергетычна,
эратычна
і эстэтычна
у ім няма месца
ніякім блокам
апрача Аляксандра
які пакутаваў на Палессі
дзе пасля ў пакутах
нарадзілася я
аблокі нагадваюць блокі АЭС
энергетыка і выпраменьванне-атрута
найбольшыя ўва мне
распад
праз самоту гадоў
радкоў
і ніякіх падкоў
хіба што дэталі
ў сеялках і камбайнах 1950-х гадоў
выкаваныя на “Гомсельмашы”
маім дзедам кавалём
іржавеюць
у свеце, дзе ёсць
АЭС
А.С

Tadjikistan

Tes conseils/voeux pour les femmes qui veulent rester fortes et intéressantes pour elles-mêmes et pour les autres, d’où prendre les forces ?  

– Créer sa philosophie de la beauté et la trouver dans cette vie. Et bien sûr, l’incarner dans sa création ou cocréation quand tu touches les oeuvres des autres.

Pour rester forttes, il suffit de percevoir la beauté pas seulement avec les yeux mais aussi avec l’âme. Pour rester intéressantes, il faut être curieuses.
Je restaure mes forces morales quand je travaille sur la terre. Quand j’épuise les forces physiques, je regarde le ciel. Quand je me fatigue de regarder en haut, je fais du feu et je contemple la flamme. Quand il en reste du cendre, je me rappelle qu’il est très bon pour la terre et je vais la nourrir. Quand la terre est de bonne humeur elle embrasse le ciel. Et la vie dans un baiser correspond bien à deux lettres déchiffrées ц – цудоўнае (magnifique) і цікавае (intéressante).

-Merci pour cette conversation délicieuse!

Poèmes d’Aksana Spryntchan en biélorusse http://art-s.by/udelniki-aksana-sprynchan.html

Photos – par Aksana Spryntchan

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. LOUYOT Michel dit :

    Une grenouille qui joue de la cornemuse sur le Mont Lysaya
    et une coccinelle qui vole du cerisier vers le poirier,
    le jardin enchanté d’Aksana me rappelle celui de Lorca

    J'aime

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