Mikhas Baranouski: La création est un dialogue avec son élément interne

Employé du musée Maxim Bagdanovitch, diplômé de l’Université pédagogique d’Etat Maxim Tansk-2007, Mikhas Baranouski en quelques ans a réuni une communauté créative autour du musée mais aussi par l’idée même: musiciens et poètes, acteurs de performance et artisans de hand-made participent régulièrement aux soirées culturelles amicales. Les annonces des évènements se diffusent activement sur internet, dans des réseaux sociaux. Les soirées de cette communauté qui a pour le nom « Tour de paix »/ “Вежа міру” sont conviviales et naturelles, en biélorusse et russe. Mais ce n’est pas le tout où Mikhas investit son énergie et ses idées. Mikhas lui-même crée de la poésie, musique, art, fait du sport, et a organisé un groupe musical des amateurs « Nelga zabytz » (=Impossible d’oublier, une citation de U.Karatkevitch, écrivain et poète biélorusse). Aujourd’hui le 18 janvier 2012 le groupe intervient avec son programme unique – drame musical et poétique Les Léanides ne reviendront pas sur la terre… selon Uladzimir Karatkevitch. Misha s’intéresse aussi aux questions d’organisation et promotion des évènements culturels et a rédigé un article à ce sujet.

Il répond à mes questions (interview publiée en biélorusse le 11 janvier 2011).

Mikhas Baranouski

– Ta vie créative, comment a-t-elle commencé? Quels sont ses moments clés?

– En 9ème classe d’école environ j’ai eu une guitare à laquelle j’ai interprété des chansons à mes amis, aussi près du feu pendant des voyages. Fôret, nuit et chansons sauvages… Il y a quelque chose de spécial là…chanter des chansons au faut… Une liberté, ou quoi… Maintenant je chante plutôt dans des locaux enfermés mais je garde toujours ce sentiment. La création est pour moi un dialogue avec son élément interne.Les poèmes sont venus plus tard. D’habord je n’ai même pas pensé de les interpréter comme chansons. Je ne me rappelle pas ce moment précis où j’ai entendu de la musique dans ma tête. Mais je me souviens que j’ai été très impressionné par la transformation d’un poème en une chanson.

– Parle de ta passion pour la musique et du groupe que tu as créé.

– J’étais toujours émerveillé par les chansosn avec de bons textes. Alors j’écoutais Vysotski, DDT, BG, Bashlatchou, NRM. J’aime beaucoup la musique jazz.

L’idée de créer un groupe est venue presque tout de suite après que j’ai commencé à écrire des chansons, mais il est arrivé que c’est plus tard que j’ai trouvé des partisans des mêmes idées. Un groupe musical est plus que des musiciens qui jouent ensemble.  C’est une participation à la CO-création. Un vrai miracle.  Je suis reconnaissant au destin car j’ai connu les personnes si intéressantes (Nadzeya Protska – violon, Vital Mourzitch – guitare, Volha Kouvaeva – percussion, Uladzimir Pyltchanka – accordéon).

Le groupe s’appelle « Nelga zabytz ». Nous avons présenté (le 18 décembre 2010 – ma remarque) un programme au même nom aux poèmes de Uladzimir Karatkevitch, et puis nous envisageons de faire de la musique électrique.

Photos de présentation du groupe le 18 décembre 2010 au musée Bagdanovitch.

– Quand a été mise la première pierre de la Tour de paix, comment est venue l’idée et qui sont les « architectes » du projet?

– Quelques mois plus tard que j’ai commencé à travaillé au musée Bagdanovitch, j’ai proposé à la direction de lancer un projet à la base du musée, où les principaux acteurs étaient des créateurs débutants.

Nata Poushkarova, Viktar Loupasin, Yulyia Matsouk, Marysya Kazakevitch, Uladz Lyankevitch, Volha Zlotnikava ont aidé à organiser la première soirée qui s’est passée le 27 novembre 2008. Et puis c’est parti…

– Quels arts ont été présentés à votre projet? Des formes uniques?

– En général ce sont des soirées où sont présentées la poésie et la musique, mais il y a eu aussi des expositions, des ateliers, une démonstration de dessins animés… Un cours pratique pour faire de l’origami. Nous nous sommes amusés une fois avec des trucs mnémotechniques, et je voudrais développer cette pratique l’année suivante.

– Les soirées les plus remarquables et originales?

– Pendant une des soirées nous avons organisé des compétitions municipales de jeu Pierre, feuille, ciseaux. C’était amusant. J’espère ce ne sont pas les dernières compétitions amusantes et quelqu’un va proposer une autre idée.

– Comment souvent les soirées ont-elles lieu?

– Nous essayons d’organiser 1-2 soirées par moi. Tout dépend du temps libre et de la volonté des participants.

– Qui sont tes spectateurs fidèles (âge, formation, intérêts)?

– L’auditoire principal sont des étudiants et des jeunes gens de moins de 30 ans mais je pense que nos soirées pourraient intéresser aussi les gens plus âgés et les écoliers. Autre chose qu’il nous manque de moyens d’information pour attirer leur attention.

– La Tour de paix, elle t’a appris quelque chose?

– A improviser. A ne pas avoir peur de force majeur de toute sorte. Nos visiteurs fidèles perçoivent les « choses imprévues » comme une partie intégrante du show. En plus, la Tour de paix est un vrai territoire de paix. La tour de Babylone de création où vous pouvez voir les « langages et langues » de toute sorte. Elle apprend à écouter « d’autres », qui ne sont pas comme toi ou tes amis. Cela contribue au développement de l’espace artistique, lui communique plus de couleurs.

–Qu’est-ce le management culturel dans le contexte biélorusse, à ton avis?

– Je vais répondre à la question « Est-ce possible de « vendre » la culture biélorusse? ».

Pour vendre un service il faut le consommateur, l’auditoire ciblé. S’il n’y en a pas, il faut le former. Si tu veux le retenir, il faut travailler avec plus de qualité que d’autres, et dans nos conditions – même plus que ça. Car l’homme suit le chemin le plus facile. Comme partout c’est la domination de la culture russophone, et les projets modernes sont dans la plupart russophones, le consommateur va aller plutôt là où il se sent plus à l’aise, où il ne doit pas faire des efforts.

Parmi les problèmes principaux d’organisation et réalisation de projets culturels je nommerais la vision archaique (les pensées et l’expression des idées), l’absence de financements, un certain isolement des intellectuels biélorussophones. Pendant que les gens continuent à penser « mais quoi je vais faire là-bas, où tout le monde parle biélorusse et je vais me sentir gêné », ces projets n’auront pas un grand succès.

– Comment a changé la Tour de paix pendant tout le temps d’existence? Projets de développement?

– J’espère que l’essentiel des soirées de la Tour de paix reste intact – c’est une atmosphère de créativité et d’amitié. En général, le plus grand acquis est à mon avis ce que nombreux sont les gens qui se sont connus et organisent maintenant quelque chose du leur, parallèlement avec nous.

Après l’achat d’équipement musical j’ai eu la possibilité d’organiser de vrais concerts car il manque de lieux à Minsk pour les musiciens débutants.

Quant au développement… Je pense qu’il serait bien d’avoir un projet commercial qui donnerait aux créateurs la possibilité d’être payés pour les interventions. Mais c’est un tout autre travail. Nous allons continuer, mais peu à peu. Chaque chose a son temps.

– Comment le musée Bagdanovitch supporte ce flux de visiteurs?

– Le nombre de gens venus est différent pour chaque soirée. D’habitude il y a 40-50 gens qui viennent, +/- 10. Le local les abrite bien. Il y a de la place.

– Quand tu as commencé à travaillé au musée et quelles sont tes fonctions?

– J’ai été embauché en automne 2008 comme chercheur scientifique. En général je m’occupe de l’organisation des excursions, des cours et j’organise des soirées, si j’ai du temps, j’écris des articles.

– Quelles autres scènes et plateformes veux-tu aborder?

– L’année suivante je voudrais organiser des évènements de club de la Tour de paix, et un petit open-air près du musée.

– Quels traits de caractère, à ton avis, aident à organiser des évènements culturels?

– Etre sûr de ses forces, une certaine dose de compromis dans les relations humaines, une sociabilité, résistance au stress, créativité, savoir prendre vite les décisions, compétence dans le domaine choisi et désir d’apprendre. Le savoir de trouver des forces de continuer quand quelque chose ne va pas.

– Est-ce facile pour toi de contacter avec un si grand nombre de gens surtout personnes créatives?

– D’habitude je m’énervais un peu surtout quand un des participants ne venait pas ou était en retard. Maintenant c’est devenu plus simple car il y a toujours quelqu’un qui assure. En effet, la plupart des gens créatifs sont assez sociables. Je n’invite pas de gens « lourds » et « emmerdeurs » car le contact direct avec le spectateur est autre chose que partager ses pensées dans un texte ou sur un disque.

– Peux-tu mentionner un cas intéressant ou unique de vos soirées ou de ta vie créative?

– Une fois des gens m’ont appelé pour dire qu’ils attendaient devant le musée pour aller à une soirée,et il n’y a personne. Il s’est avéré, ils ont trouvé sur internet une annonce sur l’évènement, mais n’ont pas regardé l’année… Alors ils sont venus mais un an plus tard. J’espère les revoir un jour.

– A part la musique, la poésie, la Tour de paix, tu as dans ta vie…

– Mes proches. Amis… Et si parler des intérêts, ce sont les livres, la psychologie, le sport.

– Ton Karatkevitch, il est comment?

– J’ai pris la connaissance de son oeuvre en 2009. Je ne sais pas pourquoi ne chemins ne se sont croiés plus tôt. Peut être, cela arrive souvent, parmi de nombreux livres, je n’ai pas fait attention pour passer du temps dessus.

En école je me suis passionné pour la prose russe, alors j’ai eu une vision floue de la littérature biélorusse (maintenant je remédie les choses).

C’est étonnant mais j’ai commencé par découvrir les poèmes de Karatkevitch, un recueil de poèmes magnifique « J’ai été. Je suis. Je serai » ( “Быў. Ёсць. Буду. »). Et quand j’ai trouvé les poèmes « Place Mayakovski » et « Dur et tendre », j’ai eu l’effet de choc.

J’ai jamais vu avant de tels poèmes en biélorusse. Presque tout de suite j’ai écris quelques chansons selon plusieurs parties d’un des poèmes.

Ensuite j’ai commencé à lire ses récits et romans.

Mon Karatkevitch est compliqué et contradictoire. Un homme qui fait beaucoup d’erreurs dans la vie. Il n’est ni ange ni saint, mais aspire vers la lumière et avec cela veut essayer d’être meilleur. Se développer et évoluer. Mon Karatkevitch est amateur d’alcool et d’avantures. Il a un coeur vif qui saigne et cherche des réponses. J’aurais bien aimé être ami avec une telle personne…

– Peux-tu donner quelques conseils aux créateurs débutants et organisateurs de soirées culturelles.

– Aux organisateurs:

-Commencer par le plus simple.

– Ne pas avoir peur d’obstacles.

– Choisir le meilleur de ce qu’il y a.

  • Trouver quelque chose à vous, qui vous distingue des autres.

Et aux créateurs… je voudrais bien avoir des conseils! Si rien faire – tu auras rien.

– Merci!

Photo Yuliya Novik.

Interview avec Mikhas Baranouski version originale en biélorusse

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