DVERI: “Plus nous sommes nombreux, plus de portes seront ouvertes!”

duo théâtral Cigale Bélarus
Cigale est une unité

Mikita Sidarenka et Uladzimir Galak sont les fondateurs du courant des théâtres amateurs “Dveri” (Portes) qui rencontre le succès en une courte période du temps. C’est à la fois un festival, un almanach, une série des évènements littéraires et de formation, mais c’est une équipe créative qui en est la base, pour qui le théâtre est une passion, un travail, une expérience et un mode de vie.

D’ailleurs, la présentation de la IVème édition de leur almanach théâtral Dveri vient d’avoir lieu – ci-dessous la vidéo

Mikita et Uladzimir racontent leur histoire théâtrale dans l’interview donnée à la revue littéraire biélorusse Maladost’ (numéro 2, février 2012). Quand se manifeste pour la première fois votre passion pour le théâtre ?

 Mikita: Je me suis passionné pour le théâtre à l’école – j’ai joué des rôles divers pour les petites mises en scène : Baba Yaga, Loup Gris, Pêre Noël… Avec cela le théâtre professionnel ne m’a pas attiré. J’y suis allé parfois, pendant les sorties culturelles des écoliers. Et l’amour de théâtre, notamment de théâtre amateur (en détour du théâtre professionnel), je le tiens à Galina Presnova, metteuse en scène au théâtre francophone auprès de l’école 79 de la ville de Minsk, et auprès de la faculté philologique de l’Université biélorusse d’État. En ma 10ème classe d’école, je lui ai été recommandé comme acteur. C’est ainsi que commence ma formation comme acteur amateur et amateur du théâtre.

A l’école, lors de la préparation de la pièce Monsieur de Pourceaugnac de Mollière en français, j’ai fait la connaissance avec Uladzimir Galak. Après l’école nous sommes entrés tous les deux à la même faculté – philologique de l’Université biélorusse d’État. A l’université nous nous sommes retrouvés dans le même théâtre francophone d’étudiants de Presnova. Et c’est parti.

Vova: Ma passion inconsciente pour le théâtre a été née en première classe d’école. Le rôle remarquable de Bouratino à l’école primaire, la participation aux matinées et autres évènements solennels m’ont conduit à ce que jusqu’à la 10ème classe de l’école j’ai continué à prendre part à l’activité artistique d’amateur. Le moment décisif est arrivé en 10ème classe où j’ai connu Mikita Sidorenka. Nous avons joué ensemble au théâtre francophone d’école, et ensuite – ensemble au théâtre francophone universitaire.

 Vos acteurs et genres favoris ?

Mikita: Le sens d’humour cultivé en famille, et puis les films et la littérature (surtout française, Rabelais, Keno et Vian) ont déterminé mon amour pour la comédie. C’est mon genre favori. Alors mes acteurs favoris sont en général des comiques : Jim Carrey, Mike Myers, Louis de Funès.

 Vova: Depuis l’enfance j’aime la comédie – théâtrale aussi bien que cinématographique et littéraire. Le rire est une grande force, une bonne alternative à la violence et à la peur.

 Parlez de votre duo théâtral Cigale.

Cigale mise en scène au I festival des théâtres amateurs« Dveri» Bélarus
I festival Dveri, Vendeur des coups de poing, réalisateur G.Presnova

Mikita: Cigale est né… il n’y a pas de réponse assez sérieuse à cette question. Chaque fois Cigale (ce n’est pas seulement un duo créafif mais une existence au-déla de nous) engendre une nouvelle version de sa naissance. Les historiens et biographes de notre duo, qui n’existent pas encore, croient que Cigale est né à la troisième année de l’université (rappelons que moi et Vova ont été dans le même groupe et nous avons le même groupe sanguin) quand nous sommes intervenus à une soirée slave. Mais en effet nous n’avons pas créé Cigale, c’est Cigale qui nous a créés. Avec de l’éther, de la biophiline et le chiffre 300.

 Qu’est-ce qui vous a inspiré à lancer le mouvement de théâtres amateurs “Dveri” (Portes)? Qui fait partie de l’équipe essentielle et comment vous maîtrisez l’organisation générale ?

III festival «Dveri», Théâtre «EYE», mise en scène «ЭСКОREAL», réalisateur Dzmitry Mastsyanitsa
III festival «Dveri», Théâtre «EYE»

 Mikita: L’idée d’un mouvement n’est pas venue tout de suite. Tout a commencé quand en printemps 2010 nous sommes revenus avec Vova de Rouen où faisant partie du théâtre francophone de Presnova (nous ne l’avons pas quitté après la sortie de l’université) nous avons participé au festival francophone international. Frais, jeunes et pleins d’énergie créatrice infinie, nous avons eu l’envie de créer et intervenir. Nous avons appris un festival théâtral à Moscou et décidé d’y participer. Pourtant, rien comme une pièce interessante à deux rôles correspondant à nos goûts, n’a pas été trouvé. Une occasion heureuse nous a sauvés. Le livre de Rabelais Gargantua et Pantagruel est tombé sur Vova. Voilà ! Eurêka! Nous nous sommes mis à préparer l’adaptation de en scène du premier livre. Le festival à Moscou s’est passé sans nous. Mais nous avons décidé d’organiser notre propre festival. Et il a eu lieu. En effet il n’était pas clair comment procéder. Mais le festival c’est toujours formidable, c’est une atmosphère magique. Sur internet nous avons trouvé des fervents de théâtre comme nous, des théâtres amateurs. Six collectifs ont surtout aimé notre idée. Nous avons rempli des documents, et notre faculté philologique a autorisé d’utiliser la scène universitaire pendant deux jours. Une journée de plus du festival s’est passée à l’Université d’Ėtat d’informatique et radiotechnique (nous tenons à remercier Alana Aïvora et le théâtre «Artvoyage»). Le premier festival des théâtres amateurs «Dveri» a eu un succès inattendu (plus de 400 personnes sont venues à l’ouverture) ce qui a déterminé notre chemin ultérieur. Pour ne pas tomber dans l’oubli, nous nous sommes mis à organiser des évènements d’ordre divers, à réunir des théâtres amateurs. Des enthousiastes nous ont joints pour aider dans un temps libre.

Actuellement l’effectif essentiel du mouvement «Dveri» comprend six personnes: Uladzimir Galak, Aliaksey Zhdanovitch, Katsiaryna Karpitskaya, Aliona Ivanushtchanka, Alena Garbatchyk et moi. Et encore de nombreux amis qui nous aident dans la mesure de leurs possibilités. La gestion et la coordination se fait via des moyens de communication modernes – les réseaux sociaux et autres technologies web. La motivation essentielle c’est l’enthousiasme, l’amour du théâtre, le désir de créer et faire la connaissance avec d’autres personnes créatives.

«Dveri» est une expérience ultra-utile qui permet d’assimiler en pratique la coordination de projets complexes et d’ampleur.

Parlez des festivals déjà organisés et de l’activité menée dans le cadre du projet, de vos réussites et projets.  

Mikita: Le premier festival a servi d’essai. Nous avons eu une grande envie d’intervenir nous-mêmes et nous l’avons fait avant tout pour nous-mêmes. Cela nous a fait un grand plaisir. La préparation du deuxième festival nous a plongés dans les moments organisateurs autant que nous n’avons pas eu de temps pour mettre quelque chose en scène. Ce festival a été d’essais et erreurs: en général il s’est passé très bien mais avec beaucoup de soucis. Le troisième festival a été très fort et varié. C’était agréable et cool. L’absence du budget de festival est à la fois avantage et désavantage. D’une part, nous sommes indépendants et personne ne pèse sur nous et ne nous empêche pas d’agir à notre gré. D’autre part, de nombreux soucis qui se résolvent d’habitude avec de l’argent, ont été réglés avec des moyens bizarres et de l’esprit. Dans cela je tiens à remiercier le directeur technique du festival Aliaksey Zhdanovitch.

Mis à part le festival, nous avons d’autres projets intéressants pour les spectateurs et théâtres amateurs:

L’almanach – notre canal d’information – une édition en ligne sur la vie théâtrale de la jeunesse culturelle (c’est le fruit du travail de nos rédactrices Aliona Ivanushanka et Katsyaryna Karpitskaya).

Des sorties en plein air pour les théâtraux et spectateurs – des évènements très conviviaux et instructifs qui offrent l’opportunité d’apprendre et passer le temps d’une manière joyeuse. Au deuxième plein air Vyatchaslau Inazemtzau (directeur artistique, metteur en scène et acteur du théâtre plastique Inzhest) a animé son atelier. C’était une expérience inoubliable.

Nous organisons aussi des soirées littéraires, des démonstrations vidéo de pièces de théâtre. Cette année a été lancé le projet éducatif Lectory dans le cadre duquel des personnalités intéressantes, des professionnels parlent du théâtre de façon populaire et scientifique.

Quant aux réussites… C’est beaucoup mais infiniment peu par rapport à ce qu’on peut atteindre… Nous réunissons peu à peu plus de théâtres autour du mouvement Dveri – actuellement 45 théâtres l’ont joint. Nous rassemblons notre auditoire de spectateurs (plus de 3 000 personnes suivent les projets de Dveri dans les résaux sociaux). Nous aspirons à faire plus. Un des enjeux serait de créer des conditions où les théâtres amateurs pourraient se développer productivement, échanger d’expérience, apprendre et intervenir devant le spectateur.

 Qu’est-ce que vous ressentez étant à la fois acteurs et organisateurs ?

Mikita: Dommage mais plus nous organisons, moins nous intervenons sur la scène. Il faut choisir – à ce moment nous nous concentrons sur l’organisation. Avec cela se sent une nostalgie d’être sur la scène – alors nous aspirons à optimiser les enjeux d’organisation pour avoir du temps pour la création. Nous apprenons des choses chez les autres.

Vova: Avant tout c’est une adrénaline incroyable. L’adrénaline de voir les spectateurs, leurs réactions et comprendre que tout cela ne s’est pas fait sans nous. A vrai dire, nous voudrions plutôt intervenir qu’organiser. Nous n’avons pas participé au deuxième et troisième festival mais envisageons de le faire au quatrième.

L’expérience est très précieuse. Nous ne sommes pas managers cultrels professionnels, et résolvons les questions d’organisation en fonction de la situation. Nous faisons nos expériences.

Qu’est-ce qui serait le plus important dans la promotion de projets culturels au Bélarus et quelle serait la particularité de la publicité des sorties théâtrales ?  

 Mikita: L’essentiel dans la publicité des sorties théâtrales est l’évènement même. S’il est intéressant, il suffit d’en parler simplement. Quand il manque de moyens publicitaires pour les canaux d’information (TV, publicité externe), il faut créer utiliser les propres canaux (réseaux sociaux, blogs, almanach) et se connecter avec des projets intéressants autour desquels se concentre l’auditoire du projet.

Tous les éléments sont importants – le design de l’affiche et d’autres détails appropriés doivent être avoir le niveau nécessaire.

 Vova: Je dirais que la particularité de la promotion des sorties surturelles et juxteculturelles réside dans le problème de la recherche de l’auditoire ciblé. Pour cela il faut trouver les canaux d’information qui ont un contact direct avec l’auditoire. N’importe quelle publicité n’est pas efficace.

 Comment est le portrait de votre spectateur ?  

Mikita: Voilà comment peut-on voir le portrait généralisé de notre spectateur: c’est un jeune homme ou une jeune fille de 17-27 ans, étudiant(e) ou jeune diplômé(e) qui a une position active de vie, s’intéresse à la culture et à l’art dans leurs formes diverses. C’est la jeunesse qui ne se borne pas de consommer mais veut aussi créer, se réaliser créativement.

Evidemment, nous voudrions aussi attirer l’attention à nos projets des gens plus âgés. Mais là nous avons des contraintes – nous ne possédons pas encore de moyen de communication gratuit. Notre publicité s’adresse aux jeunes gens sur internet et dans les universités (les affiches). Mais les gens plus âgés utilisent moins l’internet. Sans cela, parmi nos spectateurs ce type d’autitoire est aussi présent.

 Avez-vous d’autres activités créatives et passions ?   

 Mikita: Chaque membre de notre équipe est lié avec tel ou tel théâtre amateur. A part cela… Aliaksey Zhdanovitch par exemple, se passionne pour la lomographie. Lena Garbatchyk participe aux jeux intellectuels « Que ? Où ? Quand ? »

Comment vous combinez votre travail et utilisez la formation acquise pour vos projets ?

 Mikita: J’ai eu la chance de pouvoir combiner la passion avec le travail. Mais c’est la formation qui me manque. Voilà pourquoi je suis entré au mastère de l’Académie des arts.

Vova: Mon travail me permet de m’occuper du projet « Dveri » et cela même entre à l’activité de mon établissement (je travaille à l’Académie biélorusse des arts d’État). Ils nous ont soutenus et aidés dans nos projets.

 Je poursuis mes études selon le type de mon activité – c’est une soi-disante réqualification – j’ai terminé le mastère dans la spécialité Critique de l’art, actuellement je suis le cycle d’etudes préparant à la soutenance de la thèse de candidat dans la spécialité l’Art théâtral,  à l’Académie biélorusse des arts d’État.

 Parlez de vos interventions et visites de la France.

 Mikita: C’est une expérience unique. Sans la participation au festival théâtral en tant que spectateur à Avignon en 2006 (c’était le prix de l’Ambassade française à Minsk pour le meilleur rôle masculin au festival francophone; Vova y est aussi allé, pour la même occasion, mais une année plus tôt), et deux voyages à Rouen en tant que participant, il n’aurait pas eu de festival Dveri et mouvement théâtral. L’assimiliation de masse d’un acte théâtral, de nouvelles idées, nouvelles émotions… C’est l’ultime plaisir.

Vous êtes aussi critiques et commentateurs des évènements théâtraux, vous en faisez la couverture…

 Mikita: Nous participons à la couverture des sorties théâtrales. Mais nous ne nous positionnons pas comme critiques. Nous ne publions pas de critiques, jugements. Ce sont plutôt des « impressions ». Elles sont rédigées par les journalistes professionnels aussi bien que par de simples spectateurs.

 Vova: Nous essayons de visiter le plus grand nombre des évènements théâtraux possible et en parler dans notre blog ou almanach. Mais nous n’avons jamais fais et ne ferons pas de critique. Pour cela il y a des éditions spécialisées. Nous partageons simplement nos impressions de ce que nous avons vu.

 Mikita: Le plus précieux (et c’est la plus grande chance) dans notre activité promotionnelle – c’est la connaissance et le partenariat avec trois filles photographes magnifiques – Marie Yakimovitch, Lidziya Zinovitch et Poly Hamyakina. Grâce à elles nous partageons nos impressions agrémentées de jolies photos des évènements théâtraux.

 Vova: Ces trois filles font les reportages photo de manière tellement professionnelle que grâce à leur travail nous avons été invités à couvrir le festival Panorama. Ces trois filles sont notre fiérté et espoir car en effet, il n’y a pas de journalistes spécialisés dans les reportages photo des spectacles.

Mikita Sidarenka et Uladzimir Galak duo théâtral Cigale
Mikita Sidarenka et Uladzimir Galak

 Vos impressions du travail dans le projet Dveri.

 Vova: Dveri est une forte équipe des enthousiastes réunis par la même idée, qui est devenue pour moi une vraie famille. Même le critique théâtral biélorusse, candidat de critique d’art Alyaksey Strelnikau a commencé à collaborer activement avec nous. C’est un travail en équipe qui mène au succès et à la réalisation des buts posés.

 Mikita: Dveri existent grâce à une énergie inerne que chaque personne dispose. L’essentiel est de ne pas la retenir dans l’âme, tel un gin dans une lampe magique, mais l’ouvrir. Pour moi c’est Galina Presnova qui m’a fait découvrir le théâtre et les voyages aux festivals théâtraux en France. Depuis lors je ne m’arrête plus. Tout le monde qui collabore avec nous, s’inspire par le théâtre et l’énergie créative. Dveri ce sont des personnes. Plus nombreux nous sommes, plus de portes seront ouvertes !

Intervieweur Yuliya Novik

Suivez le projet Dveri sur facebook ou dans Twitter (en russe)

Dernière actualité: actuellement 3 représentants du projet Dveri sont à Berlin pour 4 jours pour réaliser une série des éditions spéciales du vidéo-blog Dveri, consacrée au festival théâtral 100° Berlin. En ligne – depuis le 1 mars

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