Vital Ryzhkou: Slam, bam, thank you ma’am!

Vital Ryzhkou est un célèbre poète, traducteur, gagnant de trois slams poétiques au Bélarus et en Ukraine, participant actif de la vie littéraire, auteur du recueil de poèmes Дзверы, замкнёныя на ключы (2010). Vital a accepté de répondre à quelques questions pour le site Родныя вобразы – l’interview originale en biélorusse a paru le 20 décembre 2011.

– Comment s’est formé ton propre style d’intervention?

–Il y a des clichés concernant la pensée et l’image mais aussi des clichés audio. Au moment de lire une oeuvre, parfois il semble que tu es sûr de savoir comment ont été l’intonation, le rythme et le volume de son lors de l’interprétation de cette oeuvre par l’auteur même, ou au moins par son personnage lyrique – surtout quand tu n’a pas eu la possibilité de l’écouter en réalité. C’est ainsi que j’ai eu un cliché concernant la manière de lire de Maïakovski dont l’ouvrage m’a appris beaucoup de choses à une certaine période. (La vérité sur la manière de de Maïakovski de lire ses poèmes, je l’ai apprise plus tard quand j’ai retrouvé les enregistrements audio de certaines oeuvres). L’intention de se rapprocher de cette manière imaginée de déclamation aurait formé ce qu’on appelle maintenant mon style d’intervention particulier, mais, à vrai dire, je n’arrive pas à comprendre jusqu’au fond où est sa particularité: je lis mes poèmes de la même manière que celle de ma première intervention.– Peux-tu dénoncer certains clichés liés avec la poésie du slam et les slameurs. Comment est le vrai slam?

– Cette question exige une réponse plus développée. Sans décrire ici l’histoire entière de l’évolution de ce phénomène dans le monde, il faut juste rappeler que rien ne surgit sans raison. Ainsi, le slam poétique a été une réaction à un certain état de la poésie (géographiquement et au moment de son naissance – américaine). Les raisons d’une alternative née par rapport à tel ou tel aspect canonique apparaissent facilement et à toute époque – c’est ainsi qu’évolue la littérature.

Plus simplement, il manque toujours quelque chose à un débutant « bon élève » dans la poésie qu’il envisage de joindre, soit-ce de l’intellectualité, intertextualité, formalité de la recherche, sincérité, humour, cynisme, tradition, sa propre personnalité etc. Une fois le manque déterminé (il n’existe pas comme tel le plus souvent mais vient à l’esprit d’une certaine personne par manque de connaissances), le débutant cherche à le combler par ses propres efforts et méthodes; cela se fait plus facilement si les débutants forment un groupe.

Probablement, les fondateurs des rencontres littéraires sous un nom pompeux SLAM sur l’affiche, auraient eu un manque des éléments de compétition et show, de contact avec le lecteur/spectateur dans la littérature. La popularité que les slams ont eue auprès du public, confirme cette idée. Ainsi, le slam s’est doté non seulement d’une forme particulière de présentation de la poésie mais aussi d’un moyen particulier de sa création. Notamment, des notions spéciales sont nées comme par exemple le verbe « slamer » – crier, déclamer le poème avec une déchirure particulière, et, souvent oubliée, la notion de « slam-texte » qui ne signifie plus la poésie dans sa forme habituelle mais aussi une mono-pièce. La slam-tactique abordée dont le but final est la victoire agrémentée d’une rémunération pécuniaire agréable, exige se différencier par une autre qualité de ces concurrents (pas dans la littérature mais dans le cadre d’une compétition en question), alors il n’y a pas de formule universelle. On dirait le seul trait en commun pour les participants intéressés – à mentionner le manque de feedback immédiat – c’est aboutir à un contact maximal avec le public présent. Parole jetée prend sa volée – telle une balle renvoyée par le maître dans la salle pour avoir une réaction immédiate des spectateurs.

Je rappelle que la finale du slam – le gagnant ayant sa propre approche au public – ne révèle des tendances littéraires ni la position en vogue de l’auteur, ce n’est qu’une moyenne arithmétique des goûts des spectateurs d’une slam-compétition en question. (Ce qui n’amoindrit pas l’importance du public et des participants). En même temps cela fait renâitre dans chacun de nous quelqu’un de littéraire ou lecteur, mais aussi un critique littéraire pas mauvais, journaliste littéraire, expert et juge.

Ceci dit, une question s’impose – y a-t-il au moins un seul vrai slam organisé au Bélarus mais aussi en Ukraine (d’où il a été importé chez nous), en Russie? Si évaluer les évènements organisés de manière externe: oui, les spectateurs ont attribué des notes, ont voté ce qui n’a pas eu lieu avant (?), les poètes se sont qualifiés pour les semi-finales ou finales. (Ceux qui n’ont pas pu le faire, ont accusé les autres d’avoir produit une poésie de masse). Quand même, après un examen en profondeur, on peut affirmer sûrement: aucun des gagnants des slams n’a créé de textes tout neufs pas-vraiment-poétiques spécialement pour les slams, des slams-textes (car on n’avait pas besoin de cela, pas de raisons pour le mouvement de slam), aucun des gagnants n’a changé spécialement sa manière de déclamer. Il en résulte la conclusion que nous avons eu de slams, mais sans slameurs.

L’avantage évident des slams au Bélarus – c’est une opportunité d’attirer de nombreux gens aux soirées de la jeune poésie, grâce à un mot magique et à la mode sur l’affiche. “Slam, bam, thank you ma’am!” – ainsi les Américains décrivent le sexe rapide. Les Biélorusses ont pu faire idem mais avec la parole. Peut-être, c’est pour le mieux car, à mon avis, la littérature où les auteurs sans slams n’oublient pas les éléments de show pendant leurs interventions, n’a pas encore besoin de cette forme.

– Comme un des auteurs du projet vidéo Poèmes en noir et blanc, es-tu content des résultats?

– Non, car après un certain recul nombreux apparaissent les défauts du produit final, c’est toujours comme ça. Le son aurait pu être meilleur. Le montage aussi. Et plus d’auteurs bien sûr. Dans la suite du projet nous allons remédier ces défauts. Le projet a eu pour but d’accroître la présence de bons poètes biélorusses dans l’espace vidéo de l’internet. (C’est à la fois une bibliothèque de courts métrages comme la collection des frères Lumière, et un moyen de montrer quelques poèmes à ceux qui pour certaines raisons, ne peuvent pas assister aux soirées littéraires, d’autant plus qu’il est très souvent problématique au Bélarus d’organiser des soirées). Pour le moment 25 auteurs ont été filmés. Nous envisageons de doubler au moins ce nombre, de corriger les vidéos et produire un disque multimédia.

– A ton avis, quels sont les avantages et désavantages si le créateur devient aussi l’organisateur des évènements culturels?

– L’avantage évident c’est que l’auteur trouvera plus facilement un terrain d’entente avec un autre auteur, lors de négocier une intervention, ceci de manière très diplomatique, car l’organisateur-créateur va traiter un autre créateur de la même manière que lui, il voudrait être traité.
Le désavantage le plus répandu de l’organisateur-créateur, que je remarque toujours c’est que sa propre personnalité est très en vue lors de l’évènement.

– Tu travailles dans le domaine culturel – quelles sont les complexités, tendances et phénomènes que tu as rencontrées?

– Les complexités apparaissent quand un collègue, ou collègue temporaire, ne comprend pas les lois Murphy et leurs conséquences (http://murphy-law.net.ru/basics.html)

– Quelle forme de la rencontre entre l’auteur et son public t’est la plus proche?

– C’est quand l’auteur écrit de bons textes, et le public le comprend en les lisant.

– Parle un peu de tes relations avec le domaine musical.

– C’est une activité parallèle dans une autre sphère où il ne faut pas prendre en considération mes activités littéraires. Je le fais sous un pseudo de plume. Les relations sont pour le moment amicales.

– Ton expérience de traduction, a-t-elle enrichi ta propre création?

– Les héros et personnages lyriques de mes poèmes ont commencé à plaisanter parfois, grâce aux traductions.

– Quels sont les auteurs que tu as traduits en biélorusse? Tu suis ta propre manière d’expression ou cherche à reproduire le style de l’auteur?

– Avec ou sans succès, j’ai traduit des auteurs des Etats-Unis, Géorgie, Lithuanie, Pologne, Ukraine, Russie; mais il serait impossible d’unifier le travail sur la traduction poétique – dans ce cas il n’y aurait plus d’intérêt de traduire – même lors de la création de son propre poème il faut suivre l’équilibre: qui, où et pourquoi. Les traductions dans l’idéal doivent être de qualité et à tout prix rester des traductions – sinon c’est une autre activité.

– Merci!

Interviewer Yuliya Novik.

Photographe – Volha Paloubenka

Vidéo de l’intervention de Vital Ryzhkou lors du projet Музыкасловы

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