Rencontres avec les légendes biélorusses de la photographie: Uladzimir Parfianok

Dans le cadre du projet Rencontres avec les légendes, le portail photo biélorusse ZНЯТА propose une série des interviews avec les photographes éminents du Bélarus. L’interview traduite ci-dessous avec le célèbre photographe et organisateur du processus artistique Uladzimir Parfianok, vous présente certains moments rétrospectifs de la photographie biélorusse et son évolution – sur l’exemple de l’activité des rassemblements photographiques, des projets d’exposition et d’études de l’époque soviétique et d’aujourd’hui, ainsi que l’entrée de la photographie biélorusse dans le contexte international, l’activité des photographes et les problèmes du mouvement associatif photographique.

Curateur et interviewer du projet: photographe Valery Vedrenko. Voici l’idée du projet:

« L’histoire de la photographie du Bélarus… Probablement, elle sera décrite un jour. Mais le temps inexorable efface silencieusement les pages de la mémoire, et nous avons l’air confus de voir les gens nous quitter, les gens proches de nous qui ont créé l’histoire de notre photographie et qui en sont devenus des légendes.
Les interviews de ce projet n’abordent pas que la photographie. Nous voudrions laisser vivre des voix, des émotions, des intonations, nous aimerions que nos personnages dressent leurs portraits eux-mêmes, que l’histoire photographique du Bélarus, ses particularités et nuances soient annoncées par les personnalités réelles quelque subjectifs que paraissent leurs commentaires.
Et nous espérons que pour nous aussi bien que pour les futurs explorateurs de l’histoire cette mosaïque des destins composera une image plus complète de la photographie biélorusse de la fin du XX-début XXI siècles ».
Valery Vedrenko

Uladzimir Parfianok: le prestige de la photographie

(l’interview originale en russe)

Dans les années 90 du XX siècle la photographie biélorusse sort de son statut régional. Une nouvelle génération des photographes perce une fenêtre en Europe. Uladzimir Parfianok occupe une place éminente parmi les représentants de cette nouvelle photo-génération. Son oeuvre est une synthése organique de la pratique photographique individuelle et d’une activité sociale et pédagogique active. L’expérience de la création de la Galerie NOVA et le succès de son activité durant 12 ans prouvent que son ouvrage sous les formes et dans les conditions différentes sera toujours bienfaisant et fécond car appartenant à un artiste de talent et constamment orienté vers le but choisi.

photos Uladzimir Parfianok

Photo: Daniil Parniuk– Volodya, pour moi c’était inattendu que tu n’es pas né à Minsk. Un représentant brillant du milieu intellectuel de la ville, où sont tes origines…?

– … mes racines sont dans une cité biélorusse occidentale – le bourg Ostrino de la région de Grodno, entre les villes de Chtchoutchyn et Grodno. L’école où j’ai fait mes études, porte le nom de la célèbre poétesse biélorusse Alaiza Pashkievich (ou Ciotka) – c’est sa petite patrie. Ma mère est comptable, un métier « fonctionnaire » comme on a appelé cela dans les formulaires de l’époque. Nous avons vécu dans un des immeubles d’habitation, il y en avait que deux pour tout le bourg. Notre maison était peuplée par des intellectuels du lieu: instituteurs de l’école, professeurs de l’école spécialisée, médecins et famille de notre milicien de bourg qui, ivre, blâmait souvent les autorités soviétiques… Dans ce bourg j’ai terminé l’école secondaire. En 1975 je suis entré à la faculté de chimie à l’Université d’Etat de Minsk. En 1980 j’ai été envoyé à l’entreprise Integral où j’ai travaillé 9 ans comme ingénieur-technicien avant de démissionner pour me consacrer à la photographie.

– Quels sont tes premiers souvenirs de la photographie et quand naissent les premières expériences photographiques?

– En enfance je n’ai pas rêvé de devenir photographe. Les amis de la cour ont fait de la photographie mais je n’était que « mannequin ». Déjà adulte, à l’âge de 25 ans, j’ai commencé à pratiquer la photo. Il s’est avéré que mon colocateur du foyer des travailleurs d’Integral Kolya Sokolovsky était responsable d’un laboratoire photo. C’est ainsi que j’ai fait ma première connaissance avec la photographie. Avec ma formation cela ne m’a pas posé de problèmes d’apprendre tous les processus photochimiques. Habitant au foyer, nous avons dû trouver une occupation pour nous amuser. A ce temps j’ai organisé un club de musique qui fonctionnait 2 fois par mois, avec les programmes de musique rock – étrangère et nouvelle soviétique: c’était l’époque du rock clandestin…

Les premières expériences photographiques ce sont des billets d’invitation aux soirées du club musical Aspect réalisés sous forme des photogrammes. Là j’ai fait la connaissance de Sergey Kozhemiakin, il avait l’appareil photo Zenith et une grande expérience photographique… Il semble, en 1984 allant en vacances à Narotch, j’ai pris sa caméra. J’ai fait des photos, travaillé dans le laboratoire – c’étaient mes premiers montages optiques.

photos Uladzimir Parfianok

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Ensuite j’ai visité Saint-Pétersbourg, Talinn, voyagé à travers le Bélarus. Quand le premier concours photographique a été organisé à Integral, moi et Sergey y avons pris part et contre toute attente remporté la victoire…

– Et tout de suite des ambitions plus grandioses?

Dans la première moitié des années 1980 Minsk a été une ville photographiquement active. Je n’ai pas vu les expositions de Photographique mais une fois je suis venu par hasard à l’exposition des photos de Valery Lobko. C’était une exposition des portraits des danseurs de ballet. Des photos formidables! Elles se sont gravées dans ma mémoire. En travaillant à Integral j’ai fait la connaissance de Sergey Soukovitzyn, Misha Garous. C’est dans notre club musical au foyer des travailleurs que nous avons organisé pour la première fois l’exposition de photos de Misha Garous – sans une vision nette comment cela devait être fait…Souvent pendant le travail je quittais mon atelier pour passer quelque temps temps dans le cabinet « accueillant » de Sergey Kozhemiakin en discutant une édition fraîche de La Photographie tchéque et slovène ou La Revue Photographie – ce que nous avons pu acheté dans les kiosques à journaux…
Sergey avait là une sorte de « permanence clandestine » pour les amis-photoamateurs qui aimaient faire une pause au travail.
Une fois Sergey Soukovitzyn a dit que Lobko recrutait les gens pour son atelier auprès du Club photo Minsk. Nous sommes venus au Club. Mais il était déjà complet. Mais Valera nous a permis de remplir les formulaires et au bout du compte il nous a acceptés à son studio – Soukovitzyn, Kozhemiakin et moi. Si je ne me trompe pas, c’était l’année 1985.

– Parle plus des études… Qu’est-ce qui guidait le processus?

– Arrivé dans l’atelier, tu sentais tout de suite l’impact magique de la personnalité de Lobko. Valera a eu vraiment du charisme, du magnétisme…Plusieurs ont commencé à le tutoyer mais je n’ai pas pu. Je ne peux pas dire qu’il avait une « méthodique spéciale » pour les études. Comme un homme de système, il donnait avant tout des savoirs. Il comprenait que pour quitter « le niveau zéro » il faut apprendre – avant tout – la technique et la technologie. Et avec l’organisation en système tous les assistants au cours ont appris vite la technologie du processus photographique – même ceux qui n’ont point essayé de photographier avant de venir dans l’atelier.

photos Uladzimir Parfianok

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Grâce au formulaire interrogatoire, l’atelier Studio-3 a rassemblé les gens très intéressants et sociables qui avaient quoi dire l’un à l’autre. Le moment de l’auto-formation et formation mutuelle aurait été un des moments clé de la « méthodique » de Valera. Entre nous nous sommes demandés souvent pourquoi il n’y avait pas de cours de composition de photo, d’histoire et autres choses pareilles. Et Valera, peut-être estimait qu’il n’y avait pas de raison de nous programmer ainsi. Il a trouvé les gens à l’esprit humanitaire parmi les « technos », a rassemblé les personnes mûres, créatives, avec une grande expérience de vie – ce qui est déjà un évènement peu ordinaire. Après six mois de formation la première exposition de rapport s’est organisée à l’attention les membres du Club photo Minsk. Tout le monde n’a pas produit de critiques positives… Je me rappelle, Yura Elizarovich m’a reproché d’avoir fait à l’atelier des photos avec trop d’esthétisation et maniérisme. C’est vrai, nous avons voulu épater les gens avec notre photographie – c’était l’époque de Perestroïka. Le mérite de Valery réside dans ce qu’il n’a rien imposé par son autorité absolue. Le plus souvent il se tenait de côté: il jetait une pierre dans l’eau – et observait la formation des cercles… Dans le Club il y avait une soi-disante Chambre de Valery. Quand Valery avait des invités, il s’y retirait et branchait de la musique – Brian Eno, King Crimson, Robert Fripp, Roxy Music – l’alternative au main-stream de l’époque. Nous lui avons demandé comment faire des copies et où trouver. C’est ainsi que Valera a exercé une influence sur notre vision du monde.

– Et Valery s’est permis de critiquer violemment la création? Il y a eu des cas où il n’a pas accepté catégoriquement quelqu’un?

– Peut être… Mais il ne l’a pas prononcé en public, il a préféré tête-à-tête. Dans son atelier il a réuni des gens pour qui la critique était peu importante dans un certain sens. Les gens sont venus avec leur « noyau ». Et s’il te vantait ou pas – cela n’importait presque pas.

– C’est dans l’atelier. Et comment le Club a influencé votre activité?

– L’histoire avec le Club est dramatique en quelque sorte. Tous les trois générations d’atelier ont dû élever ceux qui devraient adhérer ensuite au Club. Mais les choses se sont faites ainsi que nous, ayant terminé la formation d’un an au Studio-3 (automne, hiver, printemps) n’ont pas décidé de joindre le Club.. Nos rencontres d’atelier avaient lieu le mardi, et nos soirées de club – le jeudi. Après la fin des études dans l’atelier, nous ne nous sommes pas dispersés. Un des soirs la veille de 1988, nous avons décider de créer notre organisation informelle – Association de la photographie créative La Province. Avec nos armoiries, tous les attributs… C’était l’époque des « informels »…Nous avons continué de nous rencontrer dans un sous-sol rue Kozlova tous les mardis. Parallèlement dans le même sous-sol se déroulait une vie de rock .. Irina Souhii travaillant au laboratoire du photo club, le sous-sol dans la rue Kozlova se transformait parfois à un lieu de rencontre dees rockeurs et des hippies de Minsk. Fort probablement, c’est dans le sous-sol de Kozlova que l’idée a été née de créer une autre organisation informelle – photo-rock-association Le Climat biélorusse. Peut-être cette activité « hors du statut » a entraîné le conflit de Valera avec l’administration du photo club…

-Et de quoi s’occupait La Province?

– A Minsk – et dans le pays entier – c’était le temps d’un certain « dégel », des premières expériences des expositions de rue sans censure dans le cadre de la Fête de la ville. La Province a commencé à exposer activement. A la première Fête de la ville nous avons organisé l’exposition sur le quai du parc Yanka Koupala. Tout est passé sans conflit. A la deuxième Fête de la ville nous avons eu des problèmes – l’exposition de Sasha Ouglianitzha sur une des enceintes dans le Faubourg de Trinité a été enlevée forcément. Sasha était adepte de l’esthétique violente dans la photographie…En 1898 nous n’avons pas eu la permission d’exposer au parc Yanka Koupala qui était par tradition l’épicentre de la Fête de la ville, mais La Province a décidé d’organiser une exposition spontanée dans l’arrière-cour du Stand d’exposition – nous avons présenté nos photos recouvertes par du verre contre la pluie.

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C’était l’exposition d’un seul jour en plein air. Je me rappelle, une collection énorme des photos des membres de La Province a pris part à la Revue de l’Union (URSS) des acquis des collectifs de l’activité artistique à Moscou, et Youra Elizarovitch a remporté un tas de médailles bizarres!

– Qui a fait partie de La Province?

– Presque tous qui ont terminé l’atelier, près de 12-15 personnes. Aussi les gars du Studio-2 et certains diplômés de l’Institut d’art et de théâtre. J’ai du mal à mentionner tous les noms – quelqu’un ne fait plus de photo, quelqu’un d’autre a quitté le pays… La Province pourrait être nommée une organisation par pure convention, c’était en effet un club des informels qui, à leur tour, se sont réunis en groupes informels plus petits..Ainsi, Sergey Kozhemiakin et moi ont formé le groupe Caméra de conservation, Volodya Shahlevitch, Galina Moskaleva et, peut-être, Guenna Rodikov – le groupe META. Liosha Ilyin, Zoya Migounova et Guena Slobodskoy – le groupe Aero. Même Valera Lobko avait sa propre Société de lutte contre la photographie!
En général, il y a eu un moment où La Province s’est transformée en une association de petits collectifs photographiques informels. Tout le monde créait, exposait de temps en temps dans les cinémas et autres lieux publics. Avec Sergey Kozhemiakin nous avons fait une exposition dans le photomagasin Le Cadre situé dans l’avenue principale. Il semble, c’était une des premières expositions publiques des membres de La Province. Elle s’intitulait La Ville. Il semble, dans Le Cadre s’est tenue notre exposition « provinciale » commune nommée La Nostalgie. C’était mon début en tant que curateur. Je me rappelle avoir eu des difficultés énormes de rédiger mon premier texte sur l’exposition. Valera a dit: « Ecris! ». Et j’ai dû écrire!

photos Uladzimir Parfianok

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Parmi les grands évènements collectifs je mentionnerais l’exposition Le Début en 1988 à l’église Saint-Siméon-et-Sainte-Hélène, la Maison du cinéma d’autrefois. Avant notre exposition un grand retentissement s’est produit dans cet endroit entraîné par l’exposition des célèbres artistes-avantgardistes biélorusses Igor Kashkourevitc et Ludmila Roussova. Les groupes La Province, Le Climat biélorusse et META ont participé à notre expo Le Début. Le Climat a exposé au rez-de-chaussée, nous – au premier étage.

– Je me rappelle les feuilles mortes et le verre brisé dans le hall. A ce temps la Maison du cinéma accueillait le dernier festival biélorusse des amateurs de cinéma.

– Les gars du groupe Le Climat biélorusse ont traité leur exposition de manière très radicale. Les photos ont été collées avec un ruban adhésif contre le verre et appuyées contre les murs, le plancher était couvert de feuilles mortes, d’ampoules cassées et de sucre en morceaux, un déficit de l’époque, vendu selon la norme par personne. Pour la Minsk photographique de l’époque c’était quelque chose de nouveau. Notre partie de l’éxposition était plus modeste. Mais quelques nos travaux ont été interdits à l’exposition après la visite de quelqu’un du service culturel du Comité central du Partie communiste biélorusse avant l’ouverture. Je garde toujours la sensation d’avoir eu une très forte exposition qui avait exerché une grande influence sur le cours ultérieur des évènements.

– Probablement – oui. Vous avez visité l’Europe….

– Le frère d’Irina Souhii habitait Moscou à ce temps, et c’est de lui que j’ai appris que des Finlandais étaient venus dans la ville pour organiser l’exposition La Nouvelle photographie soviétique. C’était l’été 1988. Nous avons fait vite nos valises avec des photos et, toute une équipe, nous nous sommes rendus à Moscou. Valery Lobko a compris que c’était une occasion unique pour montrer notre travail collectif aux professionnels de l’étranger. Le projet La Nouvelle photographie soviétique était pratiquement finalisé et mis en pages mais après avoir vu nos photos, les curateurs finlandais ont « déblayé de la place » pour Minsk: ils ont inclus la description de 5 auteurs dans la partie texte du livre-album Toisinnakijat (Ceux qui ont un autre regard). Nous ne sommes pas entrés dans les illustrations car le livre était déjà dans l’imprimerie, mais nous avons fait part de l’exposition même qui a fait le tour de la Scandinavie.

En même temps les représentants du mouvement Next Stop sont venus à Moscou, nous avons fait la connaissance avec les Danois qui nous ont invités à la conférence de jeunesse à Copenhague. Pour cela j’ai dû quitter l’entreprise de régime pour aller travailler dans une autre association de production qui ne posait pas de contraintes sur les contacts avec les étrangers… En avril 1989 lors du premier voyage à l’étranger, au Danemark, notre petit groupe de photographes de Minsk a rencontré le collectif photo de Copenhague. En automne nous avons accueilli les Danois à Minsk, un an plus tard – en automne 1990 – toute La Province est partie en sa première tournée étrangère selon l’invitation de Next Stop danois pour une semaine. Nous avons vécu dans des familles en découvrant tout un nouveau monde. Lors de ce voyage les premiers contacts professionnels ont été établis – avec les rédacteurs des revues photographiques danoises Katalog, Foto & Video. C’est dans le cadre de ce voyage que j’ai découvert par hasard ma toute première publication dans un magazine professionnel de photographie… C’est toute une histoire d’enquête! C’est à cette époque que plusieurs d’entre nous ont vendu leurs oeuvres photo dans des collections privées et institutionnelles – au Musée de photographie à Odessa et à la Bibliothèque Royale à Copenhague.
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Au Danemark les directeurs des musées et les rédacteurs des revues nous ont traité sur un pied d’égalité et à Minsk nous sommes restés informels… Au Danemark plusieurs d’entre nous ont compris que nous avions appris quelque chose, réussi quelque chose, qu’il s’était passé quelque chose dans la vie. De retour à la maison plusieurs ont souffert du syndrôme de « sévrage » – quoi faire alors? Poursuivre l’activité professionnelle d’ingénieur ou se consacrer à fond à la photographie?

– A ce temps est-ce que tu as déjà photographié, exposé?

– La première chose que j’ai montrée au Club – la série des photos Les Fragments du quotidient – une collection des scènes de rue, esquisses de quotidien et fragments du milieu urbain de Minsk, Vilnius, Riga, Kaliningrad…

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Le problème était d’avoir trop de photos et très peu de cadres… La solution novatrice est venue spontanément – mettre 3 photos diverses dans un cadre, mais les réunir selon un signe formel. J’appelerais cela maintenant « le montage d’entre cadres ». Et à l’époque personne d’entre nous n’a même essayer de définir le genre de ce qui était fait. Il y avait juste le désir de travailler, oeuvrer. Mes « cartes de visites » sont les suivantes: la série Persona non grata, La Baignade, Le Jardin des pierres. Elles existent toujours sur mon ancien site qui n’a pas été mis à jour depuis longtemps. Ces séries sont toujours « vivantes ». Je n’en ai pas honte.

– Quand tu es venu faire des études dans l’atelier, tu aimais les collages, les montages. Le photographe Vitaly Boutyrin avait de l’autorité pour toi…

– Pas exactement. Pour être inscrit à l’atelier, il a fallu remplir un formulaire. Une des questions était de nommer les photographes que vous connaissez. J’ai feuilleté la revue La Photo soviétique et retenu quelques noms. Les travaux de Boutyrin, j’aurais pu les voir aussi aux expositions à Minsk. J’ai indiqué son nom en répondant aux questions du formulaire, et Valera Lobko m’a reproché cela plus tard… Mais c’est le grand désir de joindre l’atelier qui m’a guidé vers le choix « large », « intelligent » et « comme il faut » des réponses – je ne le cache pas.. Bref, c’était combattre pour la place. Je me rappelle avoir mentionné aussi Galina Loukyanova -j’aimais beaucoup ses bocaux de verre banals noyés dans le soleil…

– Je voulais faire entendre que… Tu n’a pas eu d’intérêt au montage et collage de l’origine, et le nom de Boutyrin aurait pu dérouter Lobko…

– Je suis venu dans la photographie par le Club, par la passion pour le grand cinéma. Tarkovski, Sokourov, Guerman, Fellini, Yancho, René… Au cinéma le langage visuel est beaucoup plus compliqué. Bien sûr, j’aurais voulu apporter des choses dans la photographie. Il semblait, une structure de l’image plus compliquée aurait pu transmettre un sens aussi plus complexe. Mais on peut appendre à façonner le langage et le rendre plus laconique, tandis qu’on peut aussi construire des propositions à trois étages avec des tournures participiales nombreuses – et croire que c’est la vraie littérature. Idem pour la photographie – la première sensation était: plus complexe est ton langage visuel, plus d’art il contient.

– As-tu eu des expériences de montage?

– Exactement, des expériences… C’étaient des « sandwichs » des clichés – un peu de la même façon que faisait Boris Mikhailov à son époque, mais dans mon cas tout était plus « dramatique » et « cosmogonique ». Certaines parties des clichés ont été enlevés, certaines déformités ont été rajoutées, alors une tarte des clichés non-conditionnées.
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« Une déformité par-dessus une autre déformité résulte dans un effet », disait autrefois Anatoly Doudkin. J’explique cet intérêt par un désir néophyte de tout essayer quand on teste un nouvel équipement. Au début je n’avais pas ma propre caméra, j’ai fait de la photographie sans lentilles, notamment – photographie sans caméra. C’étaient des photogrammes très bizarres de n’importe quoi – tout ce qui tombait sous la main..

– Les années 90 sont venues…

– En 1990 le projet américain Photomanifeste a fait son apparition éclatante. Nous sommes allés de nouveau à Moscou en groupe – Igor Savtchenko nous a rejoins. Nous avons rencontré des galeristes américains, signé des contrats pour une coopération à long terme. Plusieurs d’entre nous n’ont pu faire revenir leurs photos.. Mais une série des expositions aux Etats-Unis et le livre solide Photomanifeste. Photographie contemporaine en URSS ont été réalisées. Minsk a été pour la première fois mise en relief comme une capitale photographie à côté de Moscou et St-Pétersbourg. Le curateur américain a rédigé un texte sur les tendances dans la photographie contemporaine en se basant sur les oeuvres des auteurs de Minsk. C’était à ce temps que nous avons entendu parler pour la première fois de nous trouver bien dans le trend mondial de la photographie et d’être intégré facilement dans le contexte post-moderne. Avec ce projet une « invasion » des mécanismes de marché dans la photographie soviétique en général et biélorusse notamment a été lancée. Et l’image idyllique d’être tous les frères élevés dans la même cuisine communale, a commencé à s’écrouler…

Parmi les autres évènements importants des années 90 je noterais les expositons de 1994 qu’on peut considérer comme des tentatives d’étudier la nouvelle carte culturelle de l’Europe. C’est l’exposition dans la Maison Centrale de l’artiste de Moscou L’Art de la photographie. La Russie. L’Ukraine. Le Bélarus, une grande exposition collective dans la Galerie d’art contemporain de Sopot (Bulgarie). L’exposition La nouvelle photographie biélorusse que j’ai aidé à organiser au curateur polonais Rychard Zyarkevitch. Et l’exposition retrospéctive La Photographie en provenance de Minsk dans la galerie de l’institut IFA à Berlin. Toutes les expositions étaient agrémentées par des catalogues avec de sérieux textes analytiques.
photos Uladzimir Parfianok

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La deuxième moitié des années 90 s’est passée sous les signes du développement des carrières personnelles des artistes photo biélorusses. Les uns se sont orientés vers la collaboration avec les galeries occidentales, des fonds, des résidences, des festivals. D’autres ont même quitté la photographie – pour s’occuper des affaires plus matérialisées – commerce des matériaux de construction, IT business ou autre… L’association informelle La Province s’est dissouse. La première Union des artistes photo de la République socialiste soviétique de Biélorussie (BSSR), créée en 1990 avec la participation active des membres de la Province et dont presque personne ne s’en souvient aujoud’hui, « s’est reposée » aussi à cette époque.

– Et le travail?

– En 1989 Sergey Soukovitzyn a quitté Integral et a été embauché par la société NPO Le Centre dirigée par le directeur très progressiste Shaplyko. Une situation fantastique pour MInsk: à ce temps on a voulu créer un Centre d’art contemporain auprès de NPO Le Centre! Ils avaient même leur hôtel dont les murs étaient couverts par les peintures contemporaines des artistes de la communauté La Forme. Ce même directeur a décidé de nous héberger aussi, les photographes biélorusses, auprès du service de publicité. L’album Photomanifeste et des publications dans les magazines photographiques étrangers l’ont impressionné! Après Sergey Soukovitzyn moi, ensuite Sergey Kozhemiakin et Arkadiy Boulva sont venus dans le laboratoire photo. Nous y avons fait beacoup de choses diverses: filmer les expositions de nos artistes à Moscou, organiser le tournage de Vasya Raintchyk et Lika Yalinskaya soit plus tard – Angélique Agourbash (chanteuse participante de l’Eurovision-N.B.du traducteur), les shootings des ouvriers d’avant-garde pour le tableau d’honneur et les photo sessions de la chanteuse Kasya Kamotskaya avec le groupe Novae Neba… Nous avons fixé les premières dispersions des manifestations près de la Poste centrale. Et les premiers journaux photo bricolés parlant des évènements de rue pour lesquels nous avions « la tête au carré »… Et les magazines photo bricolés imprimés à xerox… Dans les années 1990-91 la première vague des réductions du personnel a été lancée dans plusieurs sociétés de production à Minsk, et j’en ai été une des « victimes ». Grâce à la bonne attitude de Valera Lobko et Aleksei Doudarev qui à l’époque occupait le poste du rédacteur en chef de la revue d’art républicaine L’Art l’opportunité s’est présentée d’ouvrir le service de photographie créative. C’est ainsi que j’ai reçu la proposition inattendue de travailler dans la revue. Ce n’était pas simple de revêtir le rôle du redacteur des textes de photographie mais au bout du compte cela est allé bien – j’ai travaillé pendant 10 ans dans la revue L’Art. Je me rappelle ce temps comme un des plus intéressants, remplis et libres moments de ma vie.

– Tu as eu même un stage à l’étranger …

– Oui, c’est un long éco de notre voyage au Danemark quand nous avons fait la connaissance avec le rédacteur de la revue photographique Katalog Henning Hansen. C’est le Fond Soros qui a aidé à organiser le stage – présent à l’époque au Bélarus. J’ai passé un mois au Danemark pour étudier le travail de la rédaction de la revue. Mais qu’est-ce qu’on peut étudier si toute la rédaction se réduit au rédacteur en chef et quelques traducteurs vivant dans les différentes villes et pays. J’ai fait beaucoup de visites des expositions, rencontres avec des amis, un voyage à Odense au Musée de la photographie où était gardée une petite collection de la photographie contemporaine biélorusse. En effet ce n’était pas un stage mais une excursion très conceptuellle. Au Danemark j’ai vu pour la première fois le messager de poche, le scaner, l’ordinateur personnel et j’ai été stupéfait par le processus de la transmission et rédaction d’une image photo à l’écran…
A ce temps à Minsk la mise en page des revues se faisait toujours avec une machine à écrire, des ciseaux et de la colle…

– Comment a été le travail dans la revue L’Art?

– La particularité essentielle résidait dans ce qu’Aleksei Doudarev était un directeur très libéral. En effet, il permettait à tous les employés de la revue de faire de sorte qu’ils considéraient nécessaire. C’était l’ultime forme de confiance. Chacun faisait sa partie de la revue, sa rubrique, pas de réunions épuisantes avec des critiques.. La revue avait un budget stable et pendant longtemps a évité l’attention des autorités. C’est paradoxal mais la revue est restée pendant longtemps « un îlot d’indépendance d’esprit ». Et parfois même de non-conformisme… Nous avons eu la tentative de passer à Taraškievica, nous avons pensé sérieusement de passer à l’alphabet latin – avec cela nous étions une édition dépendante, édition d’Etat…Toutes les idées qui volaient dans l’air dans le pays à l’époque, nous avons essayé de les tester et intégrer. Je croyais que ma mission comme rédacteur était d’inscrire la photographie biélorusse dans le contexte européen. Voilà ce que j’ai commencé à faire: avant tout, j’ai contacté les rédactions des magazines photo étrangers,
et demandé de prêter l’assistance pour l’information – sous forme des abonnements gratuits aux magazines photo. J’ai demandé de nous accorder le droit de ne pas payer pour la traduction et les publications de certains matériaux dans notre magazine. En résultat un assez grand nombre des articles uniques sur l’art de photographie s’est accumulé dans la rubrique « photo d’art ». Les publications sur l’oeuvre de Mapplethorpe, Vitkin, Nan Goldin, Cindy Sherman, Diane Arbus, Duane Michals sont apparues chez nous plus tôt que dans les magazines de Moscou…
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Malheureusement, la revue avait une mauvaise polygraphie, mais le reste était au niveau. Avec Nadezhda Korotkina nous avons mené une expérience unique – pour la première fois une étudiante de l’université a eu une publication dans la même édition que les professeurs. Pour le début des années 90 c’était à la limite de scandale! Dans un moment donné il est devenu clair qu’il se passait très peu des évènements dans la vie photographique du pays sans même dire qu’il n’y avait presque pas des auteurs écrivant à propos de la photographie! En recherchant de nouveaux auteurs, j’ai fait la connaissance de Dima Korol, Sasha Davydtchyk, Nelly Bekous et Arsen Melikian étudiant la philosophie à l’Université biélorusse d’Etat. Les gars ont vite saisi le sujet photographique, grâce à une grande bibliothèque des matériaux photo de la presse étrangère que j’avais collectée. Il semble, en 1995 nous avons réalisé une série de publications sur les technologies digitales dans la photographie et ses conséquences pour la photographie comme l’art. Je me rappelle l’effait de la « bombe » dans notre conscience. Des contacts professionnels sont restés après les voyages à l’étranger, et certains auteurs étrangers écrivaient spécialement pour L’Art, et même pas pour nos honoraires symboliques mais pour la solidarité. Des articles sur la photographie danoise, française, allemande, américaine ont été publiés.

Quand les gens qui pouvaient parler de notre photographie se sont trouvés, il s’est avéré qu’il n’y avait presque rien à décrire… Un silence d’exposition…La légendaire galerie 6ème ligne a été au risque de fermeture. Et très peu des expositions photographies y ont été organisées. C’est ainsi qu’est venue l’idée de faire sa propre photo galerie. Dima et Sasha ont travaillé à l’époque au service de marketing à la bibliothèque Yanka Koupala. La directrice de la bibliothèque Ludmila Soulohina s’est montrée favorable à l’idée d’une galerie auprès d’une bibliothèque publique. Et en décembre 1996 dans la salle des fêtes de la bibliothèque s’est tenue la première exposition photo collective L’Autoportrait de l’autrui. Avec cette exposition nous avons ouvert notre galerie sous un nom simple – NOVA. Et c’est parti. Grâce à la collaboration avec l’Institut Goethe à Minsk nous avons été les premiers à montrer des expositions de la photographie allemande au niveau musée: avec des photos géantes, des catalogues. Ainsi le matériel visuel a apparu qu’on pouvait analyser et fixer dans L’Art.

– Même pour aujourd’hui ces expositions sont extraordinaires. Et elles ont eu alors l’impact sur la vie photographique de Minsk ?

– Ce n’est à moi la question. Nous avions bien sûr notre public, même si pas nombreux. Mais nous n’avons jamais posé le but de gagner la masse. Il nous importait de faire des évènements bons – et si possible symboliques – et en avoir le plaisir. Je ne pense pas que nous ayons influencé l’esthétique de la photographie du Club photo vue son caractère spécifique, mais, il semble, nous avons pu avoir un impact indirect sur la photographie qui naissait dans d’autres oasis de la vie photographique – dans les ateliers Krayavid par exemple.. D’autre part, si l’activité de la galerie NOVA avait était tout à fait indifférente à la communauté photographique de Minsk et des autres villes biélorusses, nous n’aurions pas vu se passer en 2003 sur notre même territoire « favori » un autre évènement important: La Réunion d’organisation des photographes de la république, et plus tard – Le Congrès de constitution du mouvement associatif biélorusse L’Art de la photo (БОО Фотоискусство). Grâce au soutien de la bibliothèque la galerie NOVA a existé un peu plus de 12 ans. Dommage, une absurdité y a mis la fin au printemps 2009.

– Qu’est-ce qui s’est passé?

-Nous avons organisé une exposition magnifique et absolument anodine côté politique d’Aleksei Andreev consacré à Tibet. Mais dans l’édition biélorusse du journal Komsomolskaya pravda une publication absolument non-professionnelle a apparu disant que la galerie NOVA était au point de faure se brouiller deux peuples fraternels – biélorusse et chinois – car l’exposition ne reflétait complètement tout ce que la Chine avait apporté au peuple de Tibet.. Et en plus, l’exposition était en noir et blanc! Bref, une absurdité totale! Mais quand c’était lu par la direction de la bibliothèque – tous sont tombés en hystérique…Résultat: fermer tout et rien faire.. Maintenant la salle des fêtes où se trouvait NOVA, est en réparation capitale pour la deuxième année.

L’histoire de la galerie compte près de 90 expositions de photographie mais aussi tout un nombre des projets d’exposition uniques où une tentative a été entreprise d’analyser la photographie biélorusse; La Photographie du moment décisif: variante biélorusse; Le Paysage du corps – le corps du paysage; L’Histoire privée d’un collectif, La Photographie depuis la voiture; L’Idée fixe. Les Recherches conceptuelles de la photographie biélorusse (exposée à la galerie photo de Kaunas FujiFilm). Mais aucune des institutions culturelles existantes dans la république n’a essayé de le faire ni avant ni après… Comme une galerie, nous pouvons être fiers d’avoir « élevé » et « montré » quelques nouveaux noms pour la photographie biélorusse (Parniuk, Alekseev, Pechehonov, Gontcharov, Hohlova, Savitch, Gourtovaya, Kolesnikov, Petrov), contribué à la formation des photographes étrangers (Crandall, Erbé, Jaques), montré enfin la photographie ancienne biélorusse (Boulgak, Zoubei, Yastremski) pratiquement inaccessible pour un simple spectateur..

– Volodya, tu enseignes à l’Ecole de photographie…Vous n’avez pas pensé à former des personnes qui pourraient écrire de manière régulière et professionnelle à propos de la photographie à Minsk?

– Il faudrait adresser cette question à l’Académie des arts, l’Université d’art et de culture, enfin, l’Université humanitaire européenne… On devrait former de tels spécialistes dans le cadre des études aux grands établissements d’enseignement… Aujourd’hui pour être rentable, pour survivire, l’école de photographie est obligée de proposer des services plus populaires pour la masse – des cours de photographie et d’art photographique. Mais cette tentative sera entreprise cette année par l’almanach photographique Photoscope – en printemps une série des ateliers sera organisée pour ceux qui écrivent à propos de la photographie, avec la participation du curateur des projets photo et l’auteur actif de Photographer.ru Iryna Tchmyreva, ainsi que nos auteurs biélorusses Dmitry Korol, Sergey Horevsky et Alexandr Sarna. Suivez nos mises à jour! Le programme est dirigé par Yury Matiyun. Je comprends à quel point c’est important pour les photographes mêmes aussi bien que pour la photographie biélorusse générale, d’avoir les gens qui pourraient faire de la critique, l’analytique, enfin l’histoire de la photographie biélorusse. Mais d’autre part, y a-t-il des conditions dans le pays pour qu’ils puissent se trouver un travail ensuite? Car il n’y a aucune revue photographique, aucune édition photographique, aucun musée photo, aucune galerie photo commerciale. Nous formerons des critiques, et est-ce qu’ils pourrons gagner leur vie avec ce métier?

– Partout ils ne gagnent pas la vie avec le métier… Regardons la question autrement. Toi, sans aucun support de la part du gouvernement, de la société – tu restes photographe. Deux, trois critiques photo – suffisant.

– Ils exisent! Luba Gavriliuk, Dasha Amelkovitch, Alesya Belyavetz, Dima Korol, les diplômés de l’Université humanitaire européenne Anya Samarskaya, Svetlana Poleshtchuk, Tanya Striga. Il y a plein de gens si regarder bien! Mais la question c’est que beaucoup sont occupés par d’autres affaires – il faut survivre. Ils font autant exactement pour la photographie qui nous intéresse, toi et moi, combien ils peuvent faire pour mon et ton « merci »… Peut être, il n’y a aucun sens de produire des « agents » du système de marché et les lancer là où il n’y pas de marché. Il faut essayer de créer ce même marché ici… Dès que les finances apparaissent – les gens viendront eux-mêmes, même si c’est du cynisme de dire ainsi. C’est ainsi qu’est faite la vie…Il faut monter le prestige de la photographie comme l’art et comme le participant égal des relations de marché.

– En observant tes séries, très différentes, j’aimerais savoir – laquelle correspond le plus à toi comme artiste?

– Je dirais, le projet Lucida momentaLes Moments lucides, c’est tout un bloc des travaux qui ont été réunis dans un seul projet. Il a été exposé dans plusieurs galeries étrangères. En effet c’était ma première exposition personnelle d’une photographie assez formelle, je dirais même – abstraite. Ce n’est pas du street art, ni une étude typologique…Une tentative d’étudier la nature de l’impact de l’image photographique sur l’homme: peut-on transmettre des sensations plus complexes par le biais des choses formelles.

photos Uladzimir Parfianok

photos Uladzimir Parfianok

J’aime la photographie différente même si de côté cela semble autrement. Si vous regardez ce que je fais moi-même, vous verrez que ma photographie est très différente. Dans un premier temps c’était un problème pour moi – où est l’intégrité de l’oeuvre?! Plus tard j’ai compris que ce n’était pas un problème mais plutôt un avantage. Quand j’ai eu mon exposition personnelle au centre photo Nykyaika à Tampere (Finlande), le curateur de la galerie Ulrich Haas-Pursiainen a rassemblé de manière étonnante une exposition assez unie avec des fragments des séries diverses. Probablement, c’est le manque d’expérience de travail avec les espaces grands et complexes qui nous empêche. Si je me rappelle bien, c’était une galerie de trois salles. Les fragments des séries différentes photographiées par un temps divers, sont entrés à l’exposition. Le puzzle s’est fait. Cela m’a rassuré définitivement. Si quelque chose me semble intéressant – pourquoi pas me passionner pour cela. Parfois j’évite la photographie « directe ». Parfois les gens cessent de m’intéresser, je les déteste et méprise. Et alors je ne les photographie pas. Alors je me plonge dans un autre monde, même limité par ma table de cuisine. Et aujoud’hui cela peut être l’espace de l’ordinateur…

– L’annotation de ton projet Persona non grata dit que le projet est ouvert et pas finalisé. Il y aura la suite?

– Probablement, oui.. ll est impossible de photographier une typologie des gens et se calmer – la typologie n’est jamais complète. Pour poursuivre cette série après un grand délai de temps il faut inventer un moyen pour réunir les photographies anciennes et nouvelles. Aujourd’hui je ne suis pas encore prêt à continuer ce projet mais je me laisse le droit de trouver ce moyen et le faire un jour.

– Un projet assez audacieux pour notre milieu. D’où viennent ces images? Est-ce une provocation prévue et qu’est-ce qui aurait dû la suivre?

– Je ne pense pas avoir eu l’idée de faire une série sous un titre comme ça. Tout a commencé par quelques shootings nus anodins faits à des fins éducatives. Nous avons décidé de féliciter nos filles de La Province à l’occasion du 8 mars et leur préparer alors une exposition d’action masculine, et elles ont fait pour nous une exposition d’action féminine à leur tour, pour le 23 février. Rien de plus banal! Et bien sûr comme tout jeune photographe débutant j’avais le désir d’essayer le genre de la photo d’art. Dans La Province nous avons eu une bonne tradition de partager nos idées avec les collègues. J’ai apporté quelques photos pour les montrer à Galya Moscaleva et Volodya Shahlevitch. En discutant avec eux, je me suis rendu compte que ces images représentaient quelque chose au-delà d’un simple corps nu d’un mannequin. Au même moment a été née l’idée de virage « manuel » de l’image – avec une couleur irrégulière, déchirée, nerveuse…
photos Uladzimir Parfianok

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Le virage « spontané » comme nous l’avons appelé plus tard… Bien sûr, l’accent sur un certain épatage a été aussi mis: le corps nu (surtout masculin) dans la photographie éveille toujours une réaction multivalente… Pour l’exposition à l’église Saint-Siméon-et-Sainte-Hélène une série de six photos était prête – j’ai donné une forme alternative aux photos – sans verre, sur des feuilles d’orgalite auxquelles les photos se fixaient par des équerres métalliques vissées… Les gens vigilants du service culturel du Comité central du Partie communiste ont fait enlever deux photos mais j’ai juste retourné leur face au mur. Après cette exposition un travail analytique a commencé sur la série- quoi à enlever, pourquoi, comment intituler les photos. Pendant deux années j’ai continué à photographier les gens de mon milieu proche, les gens qui ne s’inscrivaient pas au système soviétique. En résultat 18 portraits ont été faits. Bizarre, mais ils impressionnent toujours…
En 2008 cette série a été incluse à l’exposition finale de l’Europe occidentale
«Behind Walls. Eastern Europe Before And Beyond 1989» dans le cadre du festival photo hollandais «Nooderlicht». D’ailleurs les oeuvres de la même période de La Province de Sergey Kozhemiakin, Volodya Shahlevitch, Galya Moscaleva et Igor Savtchenko ont aussi participé à ce projet.

– J’ai mémorisé ta série La Baignade.

– C’est une série extraordinaire pour moi. C’était aussi « le premier essai de plume ». Nous sommes venus au festival photo à Iochkar-Ola d’où nous sommes allés à Tcheboksary. Chemin faisant, nous avons décidé de faire une halte près d’une rivière. Et une situation s’est faite favorable pour comprendre comment la photographie en noir et blanc absorberait la structure avec l’espace de la rivière, le rivage abrupt et les corps nus.

photos Uladzimir Parfianok

En effet c’est un sujet de chrestomathie avec des baigneurs qui a été photographié. Mais la forme de présentation – une composition de 4 images – a transformé l’ouvrage en quelque chose de plus important qu’un matériel pour des études. La série a apparu dans quelques revues scandinaves, dans Photomanifeste, dans le projet photo voyageant en 2006 à travers la Russie et portant sur les images masculines dans la photographie, intitulé fièrement La Dignité. Les organisateurs ont décidé d’imprimer les photos plus grandes – 60×90 sm. J’ai eu vraiment de la peine à retoucher les sombres eaux de la rivière et les dos des baigneurs!

– Avec l’ouverture de la galerie NOVA dans les années 2000 ton activité créative s’éteint…

– Vers la fin des années 90 plusieurs étaient fatigés de la photographie en général. On fait des photos, on les montre, et quoi après? Dans les années de Reconstruction (Perestroïka) et après la formation de la République indépendante il y a eu l’intérêt externe envers ce qui se passait sur le territoire biélorusse, qui nourrissait plusieurs gens physiquement et était une sorte de motivation au travail. Mais l’intérêt externe envers le pays s’est épuisé suite aux raisons différentes, et les motivations internes ne sont pas apparues. Si j’étais amateur sincère ou, au pire, photographe de presse – je n’aurais pu mettre fin à ce travail. Mais la photographie créative ne nécessite point la participation permanente à la course… Parfois il faut reculer pour réfléchir… Au bout du compte je ne suis pas une fabrique des photos… D’autre part, il serait faux de croire que ma vie créative « s’est éteinte » dans les années 2000. Peut être cet effet aurait dû à l’absence de mises à jour de mon site web depuis son ouverture en 2002. Pour le moment il ne reflète que – dans certaine mesure – la période analogique de ma création…
photos Uladzimir ParfianokLes années 2000 sont marquées par le travail actif dans la galerie NOVA comme curateur de la plupart des projets, au sein de notre petit atelier créatif LUXA que nous avons créé ensemble avec Daniil Parniuk, ainsi que par la collaboration active avec l’almanach unique pour le Bélarus Le Monologue. A ce temps apparaît le site web de la galerie NOVA et le web-almanach Photoscope… Tout cela se rapporte à la créativité, comme il me semble..
Il y a eu des projets d’exposition collectifs et personnells – au Bélarus aussi bien qu’à l’étranger! Oui, il est fort temps de m’occuper de la mise à jour de mon site personnel!
photos Uladzimir Parfianok

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Depuis 2008 ensemble avec Igor Peshehonov, Dima Korol et Igor Savtchenko nous continuons à étudier les vastes étendues de notre pays mystérieux dans le cadre du projet L’Expédition photographique.. Je ne mentionne même pas la formation du Mouvement associatif biélorusse L’art de la photo (БОО «Фотоискусство») dont j’ai été un des initiateurs…

– Nous nous parlons la veille des élections du nouveau Chef du Mouvement associatif L’art de la photo. Et aujourd’hui tu as déposé ta demande de quitter le Mouvement…

– J’ai abouti à la conclusion qu’une organisation de syndicat ne pourrait pas être dirigée par une personne avec des ambitions créatives insatisfaites. Ce mouvement est une association professionnelle, un syndicat qui aide les gens à faire leur affaire et défend leurs droits. Une personne créative a du mal à différencier les intérêts personnels et la mission d’être au service d’une idée commune. Je considère cette organisation comme une structure concrète qui guiderait le processus photographique dans le pays entier, créerait des conditions ou favoriserait de telle ou telle manière le développement général de la photographie nationale. Ce sont les buts et les objectifs inscrits dans le Statut actuel du Mouvement associatif. Mais en effet pendant l’existence de L’art de la photo aucun pas n’a été fait dans cette direction. Voilà la motivation de ma décision prise.

– Pourquoi tu ne veux pas devenir leadeur?

– Ce n’est pas dans ma nature, d’être en tête d’une grande organisation désunie. Je ne suis pas homme politique selon mon caractère. En plus j’ai mes propres ambitions créatives qu’il faut aussi satisfaire.. Mais pas au bien d’autrui..

– Voilà ce qui se voit alors. J’ai aussi des ambitions créatives et ma vision sur la photographie. Quelqu’un d’autre – le même. Une question s’impose – si ces ambitions ne sont pas satisfaites par le Mouvement associatif alors il faut que ces gens le quittent aussi? Mais le Mouvement a pour but de rassembler les gens a apriori différents.

– C’est clair. Ce scénario de développement est probable. Le Mouvement associatif doit avoir un mécanisme qui permettrait d’influer sur ce qui est propos par le Chef.

– Et si ce n’est pas la question du Chef? Nous pouvons trouver dans toute situation une réserve (îlot) à nous pour nous y installer plus ou moins confortablement. Et point Tout ce qui est à part notre réserve( îlot) – ne va pas avoir de valeur pour nous! Cela importera seulement dans les moments à résoudre les questions de type « Qui est le meilleur aujourd’hui dans la photograhie biélorusse? », « Qui juge? ».

– Mais oui, une situation pareillle s’est présentée à l’exposition « Radius du zéro ».

– De même avec «Argentum». Nous sommes otages de nos caractères, de notre mentalité.

– Quand même c’est le Chef qui possède le plus grand pouvoir dans le Mouvement associatif. Alors beaucoup dépend de sa personnalité. Pourquoi nous avons fondé la Commission d’experts? Pour exercer une influence sur le Conseil et indirectement – sur les actions du Chef. Et il s’avère, cette Commission a été incapable d’influer personne!

– Y a-t-il du sens d’avoir alors ce Mouvement associatif?

– Ceux qui ont des choses à discuter et faire ensemble, doivent se réunir. Il y a toujours plus de force vitale dans une structure collective. Dans plusieurs pays coexistent des associations créatives de photographes, de format et échelle diverse. Et nous pourrions aussi voir un jour naître une nouvelle organisation basée sur d’autres principes que ceux de l’ union photo créée selon les vieux clichés soviétiques…

– Tu vois une autre perspective?

– Je sais qu’il y a plein de gens prêts à se réunir autour des autres principes, autres idées. Et cela peut avoir lieu. Si pas aujourd’hui – alors demain! Et peu importe si elle a le statut républicain ou non. Il me semble, il faut avoir un équilibre plus rationnel des droits et des engagements des membres ordinaires de cette organisation et de sa direction. Un autre moment – je ne voudrais pas voir à la tête de l’union des gens chargés par leur business privé dont les intérêts risquent de dominer un jour les intérêts collectifs.

– J’ai l’impression que les photographes n’ont pas besoin d’une association. En 2 ans aucune demande d’adhésion n’est déposée.

– Hélas, l’Union n’a pas pu devenir la force attirant de nouveaux auteurs. Même géographiquement il est impossible de localiser l’Union d’aujoud’hui – elle n’a pas de ses propres bureaux, même microscopiques, où on pourrait se rencontrer, communiquer, feuilleter des revues, regarder les travaux de l’Union..

– L’Union n’a pas l’essentiel – sa propre galerie.

– C’est tout une conversation à part. Pendant 8 ans l’Union n’a organisé aucune exposition collective. Alors est-ce que c’est bien une organisation créative?! L’Union des peintres organise une exposition finale une fois tous les 4 ans – pour eux-mêmes, et pour la ville, pour prouver qu’ils existent.

– Une situation sans issue. Et tout de même ni toi, ni moi ne voulons quitter la photographie pour aller chercher quelque chose de plus profitable. Qu’est-ce qui te guide? Pourquoi tu restes dans ce métier?

– Et bien, je suis si « pronfondément » intégré à la photographie que je ne pourrai plus la quitter… Je vais continuer à travailler sur l’idée de la galerie et la mener à un niveau plus professionnel. Je ne sais pas si cela va marcher dans un pays où les relations de marché sont embryonnaires. Mais pour le moment cela m’intéresse. Je vais transmettre mon expérience à ceux qui en ont besoin. Les deux dernières expositions à NOVA – de Yury Matiyun et Maxim Dos’ko – en sont un exemple de collaboration et d’échange professionnel. Cette année nous allons organiser un concours de projets d’exposition pour la galerie NOVA, avec la possibilité d’aider les participants à réaliser leurs projets.

– Avec tout le manque des éditions sur la photographie biélorusse, il y a eu trois éditions de «Photos de Minsk» .

– Oui, c’était une belle initiative! Il y a bien sûr des questions pour le contenu des Photos de Minsk et leur réalisation polygraphique. Mais avec l’idée de montrer la « vie privée » nous avons même dépassé nos voisins polonais. L’année passée quand j’ai offert ces albums à la Chef de ZPAF Iolanta Rytzerskaya, elle n’a pas pu cacher son étonnement..

Le point faible de ce projet est dans sa nature de rivaliser sans caractère de recherches scientifiques. Si on avait cherché des photos pour un tel projet pendant un ou deux ans, on aurait pu trouver un matériel beaucoup plus fort.

– Il y aura la suite?

– Je l’espère bien si on trouve le financement pour la publication d’un nouvel album – ce qui est le sens essentiel du projet… Mais pour cela il ne faut pas chercher un investisseur privé mais des fonds guidés non pas des préférences personnelles mais par d’autres critères. L’Internet ne remplacera jamais une exposition relle avec un catalogue. Et il faut que nous avançions dans cette direction…

Une autre idée est toujours actuelle, celle d’un almanach de photographie biélorusse qu’on pourrait faire en réalité si une équipe de travail s’organise. Je suis prêt à collaborer. Probablement, l’Union va être divisée en structures plus petites dans le futur, qui donneraient la naissance à de nouvelles organisations. C’est normal. Il faut se réunir en petits collectifs et travailler ensemble sur la base de compétition. Cela se passe déjà maintenant – mais sous une forme peu évidente. Mais cela le sera bientôt. C’est là un mouvement en arrière.

– Quelques mots pour finir notre conversation?

  • Je souhaite à tout le monde du succès dans la vie personnelle et créative!

– Merci, Volodya, pour le rendez-vous et une conversation si nourrie. Nous avons besoin de toi!

Interviewer: Valery Vedrenko

Photos: Uladzimir Parfianok (site du photographe http://parfianok.iatp.by/)
Traduction: Yuliya Novik

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