Interview avec le photographe Sergey Kozhemyakin: garder l’équilibre

Une des maladies de notre société – l’absence de l’attention envers l’artiste. Mais le seul médicament contre cette maladie – être fier à son chemin. Au centre de notre nouvelle rencontre est un des participants les plus actifs du mouvement photographique du Bélarus des années 1990. Son destin illustre le fait que la combinaison de l’éxpérience et de l’analyse, fantaisie et scrupulosité, création et discipline permet d’aboutir aux hauts résultats professionnels mais ne garantit pas toujours le bien-être social.

Du cycle Rencontres avec les légendes.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse
Photo: Arthur Gapanovitch

– Questions traditionnelles – lien de naissance, qui sont tes parents…

– Je suis né dans une famille des militaires. Mon père, né en 1926, vient de la région de Kursk. En 17 ans il a été appelé sous les drapeaux des Armées. Après la guerre il n’a pas été démobilisé et a dû passer sept ans comme soldat du service secours. Ensuite il a été envoyé de manière bénévole-obligatoire à Saint-Pétersbourg à l’école militaire. En train il a fait la connaissance de ma mère. Ensuite – le service de cadre aux points des îles Kouriles. Là est né mon frère aîné, dans l’île Kounachir. Ensuite – le service en Ukraine où en 1956 lors du déménagement d’un point de service à un autre je suis né, dans la ville Iziaslav de la région de Khmelnytskyï. Ma mère est née en 1924. Originaire de la région d’Orlov. Sa jeunesse se passe à l’époque du temps de guerre, occupation, désarroi. Elle a terminé l’école de médecine. Elle a travaillé quand c’était possible, comme pharmacienne à une pharmacie. Mon enfance a passé pour la plupart du temps à l’étranger – l’école primaire en Allemagne, une période en Ukraine, j’ai terminé l’école en Hongrie. Cela semble beau mais en réalité ce sont les casernes militaires et le milieu des soldats. Mais j’ai pu voir beaucoup. Depuis le bas âge je me rappelle un voyage à Dresden. Le palais Zvinger. Budapest, je l’ai connu dans les dernières classes d’école. Depuis lors c’est une de mes villes préférées. Mais je n’y suis pas revenu. Lors des études j’ai changé huit ou neuf écoles. Comme on a dû voyager beaucoup, il n’y a pas de lien particulier à un certain lieu. Les amis d’enfance – non plus.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Quelque part en Allemagne. 1960 environ.

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L’institut polytechnique biélorusse (BPI). Minsk, 1974.

Ma vie sédentaire commence en 1974 à Minsk. Ma fille est déjà une minkoise en quatrième génération. J’avais l’espit physico-mathématique. Mais une fois j’ai vu quelque chose qui a bouleversé mes pensées. L’an 1973 environ, la ville de Kecskemét (Hongrie). Je marchais dans les rues et j’ai vu, comme j’ai appris plus tard, la Ford Mustang 1967. 500 C.V. J’ai été impressionné par la couleur, la forme… Et c’est à l’époque où même une voiture comme Zhiguli 6 était un bonheur! Gaz 24 paraissait un miracle de la construction automobile. J’ai vu ça et j’ai décidé que « j’allais faire des voitures comme celle-ci », c’est-à-dire créer le design des automobiles. J’ai choisi dans un guide la faculté de constructions mécaniques de l’institut polytechnique biélorusse à Minsk. J’y suis arrivé, je suis entré à l’institut. Il s’est avéré, ce n’est pas ce que je voulais faire. Mais cela a un rapport direct avec la photograhie. A l’époque la photographie était compliquée techniquement et plusieurs photographes avaient une formation technique.

– Dans quelle atmosphère culturelle tu as grandi? Est-ce que tu as senti l’influence de l’entourage européen?

– L’Hongrie était un pays développé. Nous avons visité Budapest, sommes allés aux musées. J’ai assisté aux concerts des groupes hongrois légendaires Omega, Lokomotiv GT, Hungaria. Les premières photos vues sont les portraits des artistes et musiciens préférés en vente dans les kiosques. J’ai terminé l’école avec de bonnes notes, et sachant ma passion pour la musique, les parents m’ont proposé d’aller dans un magasin musical et choisir un disque de phono. J’ai hésité entre Pink Floyd «The Dark Side of the Moon» et «Imagine» de John Lennon. Un cliché a fait le choix – The Beаtles…Maintenant il est difficile d’évaluer ce cadeau. Et on commence à faire de la photo souvent quand un appareil photo est offert. Le père a fait un peu de photos de famille. J’ai fait des photos depuis la fin des années 1960. Ces photos s’accumulaient. A l’époque c’était la magie des pièces à lumière rouge, des odeurs… Au niveau amateur j’ai photographié comme tous – des amis, des sorties des étudiants, des fleurs. J’ai expérimenté avec la solarisation.
Quand j’ai travaillé à l’usine – ensemble avec Volodya Parfianok que j’ai connu là-bas, nous avons remporté la victoire aux concours. Peut être on a eu une vision particulière…

– Comment est venue l’idée que la photographie pouvait être plus qu’en amateur? C’est intéressant de savoir le moment où l’homme choisit son domaine de passion.

– Il semble, en 1987 nous sommes allés à Vilnius en bonne compagnie de studio, Moskaleva, Shahlevitch, Parfianok… C’était déjà à l’époque du Studio 3, auprès du photoclub Minsk. Nous avons passé toute une journée à la bibliothèque de l’Union des photographes. Nous avons observé les oeuvres d’Avedon, Arbus, Vitkin, Sutkus… Une forte impression! Après cela une révision de la photographie a commencé. Avant c’était la photographie bien traditionnelle. Par une heureuse occasion un bon milieu photographie s’est fait à l’usine Integral où j’ai travaillé dix ans en tant qu’ingénieur.
A l’usine j’avais ma propre base avec de l’équipement – un ensemble de mesure unique géré par l’ordinateur. Cet équipement contrôlait la qualité de la production en série aux usines de constructions mécaniques allemandes. Et notre production était électronique, alors on n’en servait pas. La direction s’abstenait d’y aller pour ne pas se poser de questions que faire avec cet équipement. Mais venaient les amateurs de la photographie – Sergey Soukovitsyn, Volodya Parfianok, Misha Garus. Nous avons discuté de la photographie, ce sujet intéressait tout le monde. Mikhail Garus ayant un esprit technique, a planifié comment utiliser cet appareil pour programmer l’exposition à la lumière du papier photo. C’était un beau temps…
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Glasnost, 1987

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Transformation de l’image, 1988

Je considère comme moment décisif la rencontre et les études chez Valery Lobko. Cette impulsion qu’il a transmise, a prédéfini pour beaucoup le futur. Et pas dans la technologie photographique. Les gens soviétiques des premières années de perestroïka ont eu l’opportunité de voir librement le monde par leurs propres yeux. Et c’est l’essentiel pour un photographe. C’était l’an 1985…

– A Minsk vous avez eu votre milieu de communication. Et comment vous avez appris le Club, comment vous vous êtes intégrés dans la vie photographique?

– Sergey Sukovitsyn est un homme actif, il réagit rapidement à l’information. Il a vu dans le journal Minsk Tonight une annonce pour joindre les cours de Valery Lobko. Je suis venu quand le cours a été pratiquement complété. J’avais un portfolio des photos et j’ai été inscrit le dernier. Bien sûr, nous avons rempli les fameux formulaires selon lesquels Valery a choisi les étudiants. Il a engagé les gens prêts à créer. Tout le monde ne savait même pas photographier au tout début. Mais il a formé un milieu avec une interinfluence et une formation de la vision personnelle. Et aujourd’hui la photo faite à cette époque, représente l’école Lobko où au terme plus utilisé – l’école minskoise de la photographie.

– Tu as dit l’Ecole Lobko. A-t-elle des paramètres?

– Ce n’est pas mon terme. Il a été utilisé pour la première fois par des curateurs occidentaux. Valera est une personne très intéressante. Nous avons eu de la chance de l’avoir comme professeur. Du charisme, une puissance intellectuelle. Il a partagé une technologie qui permettait d’obtenir un résultat prévisé dans la situation de l’époque. N’oublions pas que c’était l’an1985. Avoir un Zenith était égal à posséder Canon 5D Mark II pour un photographe d’aujourd’hui. Valery a nivelé les chances. La technique et la technologie, comme nous comprenons maintenant, n’est qu’une condition obligatoire mais pas suffisante. J’ai lu avec attendrissement dans l’interview avec Uladzimir Parfianok qu’il me considérait comme parrain dans la photographie. Je lui ai donné mon Zenith EM fabriqué à l’usine de Krasnogor, pour shooter en vacances. J’ai été fier de l’avoir, cet appareil. Apprendre chez Valery à l’époque signifiait beaucoup plus qu’apprendre seulement la photographie. Aujourd’hui les technologies de Valery sont archaïques comme toute impression analogique et sont devenues une niche de repos du digital pour une personnalité créative et curieuse. A l’époque c’était un chemin vers la liberté d’autoexpression. Je crois que le milieu et les principes qui étaient à la base des études de Lobko, sont beaucoup plus importants que les aspects techniques. Ils ont permis de former notre propre langage visuel conforme à l’époque des changements qui a coïncidé avec nos premières années dans ce domaine. Je parle de la photographie créative.
Nous avons eu la possibilité d’expérimenter. A l’époque nous avons commencé à utiliser les anciennes pellicules, des archives anonymes trouvées en tant que matériel de base pour le travail ultérieur, inclure la facture de la pellicule sous forme d’artefacts, utiliser les séquences etc. Aujourd’hui le tout est un élément agréable du design photographie accessible aux utilisateurs de photoshop mais à l’époque c’était presqu’une révolution de la conscience photographique. Pour comparer on peut voir les sélections de l’édition Photo soviétique de l’époque. Cette année à Houston un festival s’est tenu où a été présentée toute la photographie russe dont la photo de l’Ukraine et du Bélarus pour la mémoire des années de perestroïka. Trois photographes de notre groupe ont été représentés: Galina Moskaleva, Vladimir Shahlevitch et Igor Savchenko. Moi – non, malheureusement. Pourtant dans l’édition Photo Manifesto j’ai 17 photos publiées et une couverture. L’accès à la communication, l’implication dans le milieu – le tout compte pour le cours des évènements. Au début des années 2000 Galina Moskaleva et Vladimir Shahlevitch sont allés à Moscou en croyant y trouver plus d’opportunités pour la réalisation. Ils y sont actifs aujourd’hui, et ils ont du succès. L’histoire de la communauté La Province est terminée.

– Qu’est-ce qui de tout ce que tu as fait au studio, reste le plus remarquable pour toi?

– Au studio dans le cadre d’un concours interne j’ai fait une photo pour accomplir un devoir. La mère de ma femme n’a pas permis de photographier le bébé pendant un mois. Alors c’était la première photo de ma fille. Et elle a servi de photo de couverture pour Photo Manifesto.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Il y a peut être ici un ceratain symbole du temps.Dans le studio j’ai remporté la première place, et Zoya Migounova – la deuxième. Ah non, peut être il y a eu deux premières places. Après la fin du studio nous avons eu des réunions à la fois au photoclub, tous les mardis. Après les standards de club nous avons suivi une autre direction. On ne peut pas dire que c’est seulement l’influence de Lobko. Le temps a changé aussi. La photo publiée à l’époque devait être élément de la propagande. Elle devait créer une image positiviste du monde. Loin de la réalité. Nous avons lu plus...Archipel Gulag, Shalamov, revues Nouveau monde, Etoile. Les films de l’époque sont imprégnés de ce sentiment aigu. C’était un flux colossal de l’information, une vérité choquante. Pour comprendre les photos de ces années, il faut imaginer le contexte de leur création. Cela explique aussi la recherche de nouveaux moyens d’expression, l’intérêt envers son passé à travers les archives familiales.


De la série Album de famille. De vraies photos de la vraie vie, 1989-1992

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse
Le frère aîné, Odessa, 1967

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Le père. Sur le point, les îles Kouriles du Sud, 1954 environ

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La nièce Marina, Rovno, 1981

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La Présence, Crimée, 1980 environSergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Trois personnes, Rovno, 1964 environ

A l’époque nous n’avons même pas compris le fait d’être entrés dans le mouvement de postmodernisme dans l’art. L’image est dotée de fonctions supplémentaires tandis que l’essentiel est dans les idées, contextes, sens. En même temps nos oeuvres n’ont pas été inspirées par les tendances occidentales, nous ne les avons pas encore connues, mais sont apparues de manière autonome, suite aux facteurs internes, comme des réflexions sur ce qui se passait. A l’Occident la photographie a évolué de manière naturelle, et vers les années 70 trop d’information visuelle s’est accumulée. L’homme a commencé à voir le monde à travers des images. La compréhension est venue que la photographie n’était pas une représentation exacte de la réalité, et cette image a été revue. Chez nous cela est né car il n’y avait pas d’évolution, et une information venue a provoqué le désir de l’ordonner. Nous avons commencé à utiliser ce langage qui reflétait notre état. Ce n’est pas une protestation contre la photographie soviétique même si on en avait quand même. Si ce n’était pas une percée mais au moins un regard particulier. Lobko a réuni les gens qui étaient sincères entre eux. Il est important quand le travail peut être montré aux gens avec la même vision, quand il y a une influence mutuelle…

– Certaines oeuvres symboliques viennent à l’esprit quand on dit le nom Kozhemyakin… Album d’enfants.

– Les clichés étaient en couleur mais je les ai imprimés selon la procédure en noir et blanc. J’ai fait le virage. En 2008 j’ai été invité avec ces oeuves à prendre part au plus grand festival européen Noordenlight aux Pays-Bas qui couronnait le sujet de l’art européen post-soviétique. Je n’ai pas voulu risquer de vintages en les envoyant par la poste, alors j’ai scanné les clichés et les ai vus pour la première fois en couleur. C’est ainsi qu’est passée une réincarnation technologique de l’ancienne série. Les originaux sont plus proches bien sûr.

– Quelle est l’histoire avec les clichés?

– J’ai trouvé cette pellicule dans la rue Karbysheva, près de la maison de me parents. C’était l’an 1989, l’automne. Dans la cour dans les ordures j’ai vu une pellicule et n’ai pas pu passer. Je l’ai prise avec moi et étudiée. Quelques jours plus tard – encore des pellicules! Tout de suite on ne comprends pas d’avoir trouvé quelque chose d’important. Ce n’est qu’un matériel, comme un morceau d’argile. Guidé par la curiosité, j’ai fait des tests de contrôle, puis – des empreintes. Une idée est venue.

Sergey Kozhemyakin. Album d’enfants, 1989, fragment. Imprimé depuis les pellicules trouvées le 18 novembre 1989 près de la maison No dans la rue Karbysheva, Minsk.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

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Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Il y a beaucoup de couches dans cette série qu’on peut analyser. Le photographe-artisan shoote les enfants et crée un entourage. Un uniforme bizarre est à son avis attirant pour le client. Tout est mélangé – folklore, estrade, éléments de l’uniforme militaire, emblèmes soviétiques. En effet, ainsi se manifeste sa réserve culturelle, le coût, les clichés, la vision de la beauté et autres choses. Et tout ce kitch se transmet aux spectateurs. Une autre couche – si on regarde l’ensemble des oeuvres, l’Album d’enfants tout entier. Il y a des enfants tout petits, il y en a plus âgés, et quelque part des adultes. Ceci dit on comprend comment la personne est socialisée. Cela se voit dans les yeux, on y voit toute la procédure de socialisatioin.
Les enfants très jeunes ont de la peur, ils cherchent leur maman, on voit sa main quelque part sur la photo. Les enfants plus grands savent déjà qu’il y a des règles qu’il faut aceepter. Devenus adultes, ils peuvent être des cyniques impitoyables qui savent comment faire, pour qui voter. Quelqu’un regarde tout simplement le ciel. Bien sûr, ce n’est pas évident dans les travaux. Ce ne sont que mes réflexions, ma vision et mes illusions. Ou au contraire, une analyse précise. L’organisation des rapports. Une autre couche – la facture photographique. Les photos égratignées c’est la facture de l’époque, elles sont viellies par le temps, « usées » par la vie – dans le sens littéral. Ce sont les preuves de l’existance de la réalité. Et c’est beau, au bout du compte, si on le comprend et accepte. Théoréthiquement on peut faire évoluer ce projet, trouver ces personnes et refléter leurs histoires. J’attends toujours que quelqu’un se reconnaîtra sur une des photos. L’Album d’enfants a été présenté dans les lieux divers – de Göteborg en Suède à Houston aux Etats-Unis. Plusieurs gens ont été touchés, peut être la série a mis en évidence les émotions sans devoir expliquer.

– On dirait, ces travaux ont été jetés d’un studio… Pas de prétentions au niveau de droit d’auteur?

– Non. Fort probablement, celui qui les a jetés, était trop loin de la photographie. L’auteur a fait ces photos, reçu l’argent et oublié.

– De quelle période date cette série?

– Fin des années 80, studio La Province.

– Qu’est-ce que tu as photographié en ce moment?

– Je n’ai jamais fait de photographie professionnelle. J’ai fait des photos pour moi seulement, comme on l’appelle chez nous. Dans les pays occidentaux on appelle cela la carrière créative. A part la photographie conceptuelle je réussis la photographie directe, le reportage. J’ai toujours photographié quelque chose, en vacances et dans la ville. Certaines photos font partie des projets. J’ai les séries Les photos de Crimée, Les objets photographiques et La photographie parallèle. C’est une observation sur la vie des photographes de plage et des gens en vacances. J’ai photographié les manivestations de rue de l’époque de perestroïka, mais les archives ne sont pas encore scanées. L’équipement était de niveau amateur. Dans ce sens les journalistes photo avaient plus d’opportunités de voyager, être dans des situations différentes.

La Crimée, 1994

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Mainenant je comprends que j’aurais dû faire plus de photos. L’époque était intéressante. Une autre époque. Mais peut être il est toujours intéressant, mais différemment.

– Qu’est-ce qui s’est fait après l’Album d’enfants? Comment étaient les rapports avec La Province?

J’ai fait une série avec le nom classique, Album de famille, 1989-1992. J’ai pris les anciennes archives de pellicule et commencé à étudier mon passé. Ce sont des faits de la ville de famille. Et le temps qui est devenu autre. Ce sont les images très personnelles, privées de pathétique. Tout date de la période de perestroika – changement de mode de vie. Et j’ai voulu refléter ce changement brusque dans la photographie. Ma pensée raisonne toujours par des séries. Elles se naissent à un moment particulier. Cette approche permet d’exprimer une vision du monde. On peut faire une série pendant un temps, des années même, mais tu termines la série quand le sentiment disparaît. En 1992 apparaît la série Les papillons bleus.

De la série Les papillons bleus, 1992

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

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Début des années 90, changement vers le système de marché, magasins vides. Un désordre complet autour. Et l’esthétique expressionniste dans ces travaux, comme il me semble, le met en évidence. Tandis que la série Album de famille n’est qu’une sélection conceptuelle des travaux de l’achive personnelle, ici on voit du montage, des couleurs ajoutées. J’ai essayé beaucoup de choses. La Province s’est fait marquer par une série d’expositions. La première expo avec le nom symbolique Le Début, a eu lieu dans la Maison de Cinéma à Minsk en 1989. Mainenant c’est de nouveau l’Eglise Saint-Siméon-et-Sainte-Hélène. J’ai eu de la chance: plusieurs séries que j’avais faites et préparées pour la présentation, ont été exposées et sont parues dans les publications. Plusieurs travaux ont été utilisés dans les affiches, sur les couvertures des catalogues.

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Les membres de La Province: Vladimir Shahlevitch, Sergey Kozhemyakin, Galina Moskaleva, Elena Mouliukina, Igor Savtchenko, Uladzimir Parfianok. Minsk, 1996 environ.

Ma fille est née en 1988 alors j’ai abandonné un peu la vie photographique. En ce temps on a eu les premiers contacts occientaux avec les courateurs. Valery Stigneev a beaucoup fait pour nous. Il nous a invité à quitter Minsk pour discuter avec les curateus arrivant à Moscou, il a organisé des expos, par exemple La nouvelle photographie biélorusse, Musée central du Cinéma, 1990. Ici aussi a eu lieu La nouvelle vague dans la photographie de la Russie et Biélorussie, 1991. On nous a invités à l’exposition pour célébrer la 150ème anniversaire de la photographie – L’Art de la photographie contemporaine. Russie. Ukraine. Biélorussie à la Maison centrale de l’artiste (ЦДХ). Curateur Evgeni Berezner. 10 mes travaux ont été représentés. C’était aussi La Province. Le cercle est devenu plus étroit. J’ai eu la chance de faire ce qui me plaisait, participer aux expositions. J’ai visité de nombreux pays. New Work Times a annoncé notre visite avec Igor Savtchenko aux Etats-Unis. Deux mots, pas plus, mais c’était agréable.

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Sergey Kozhemyakin et Igor Savtchenko. Sur le pont de Brookline. New York. 1994.

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Sur le perron de la galerie IFA, Berlin, octobre 1994. Vladimir Shahlevitch, Sergey Kozhemyakin, Galina Moskaleva, Eveline Fisher, Igor Savtchenko, Uladzimir Parfianok, Valery Lobko.

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L’écho du silence à une photobiennale, Rotterdam, 2000

Pendant quelque temps il y a eu une collaboration avec Vera Bagaliantz, directrice de l’Institut Goethe à Minsk à cette époque. Elle est d’origine arménienne, maîtrise le russe parfaitement, aime l’art, alors nous avons trouvé facilement un terrain d’entente. Elle a apporté de Berlin notre exposition Les photos de Minsk à Minsk. C’était une réplique de l’expo allemande. Parfianok a renoncé à participer car ses quelques travaux ont été endommagés en Allemagne. Après cette exposition Vera nous a proposé de faire un projet au sujet de Tchernobyl, pour le 10ème anniversaire de la tragédie. L’idée était de montrer la vision d’un photographe, artiste, un projet purement réflectif… Nous sommes allés dans la Zone radioactive. Nous avons étudié le sujet, visité les bibliothèques. Comment refléter quelque chose qui existe en réalité mais est invisible? Dans le photojournalisme il y a des astuces mais dans la photographie d’art… Un projet expérimental… A Minsk nous avons montré une version pas mûre. Et on a été largement critiqué pour cette expo. La photo de ce type était neuve pour Minsk.

Du projet L’écho du silence
(10 ans de la catastrophe de Tchernobyl), 1996

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

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Nous avons présenté le projet plus tard à Saint-Pétersbourg, Bratislava, Rotterdam. Les photos sont entrées dans l’exposition commémorative de l’Institut de Goethe à Berlin où ont été présentés les projets faits dans le monde entier en 20 ans. J’ai eu dans le cadre de ce projet l’idée au sujet de fantômes qui s’est réalisée dans la série Sensations de fantôme, 1997-2002. Une fois je me suis promené près du quartier Urutcha, Minsk, sur une plateforme pour autos, et j’ai vu un cub énorme en béton où les chauffeurs s’entraînaient pour le chargement des marchandises. C’était un objet absolument rationnel, une forme absolue, une fonctionnalité absolue. Comme une limite de la matérialité, au-delà il y a rien. Comme un écran où apparaissent des images éphémères. Deux personnes qui brisent l’espace fermé, d’une allure légère, c’est le travail qui entête la série, et qui en est le point de départ. Impression manuelle en noir et blanc, montage optique, masquage, utilisation des images de l’archive personnelle, shooting direct, tonage. L’humeur correspond à l’époque de la création et au contexte de l’histoire.

De la série Sensations de fantôme, 1997-2002

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

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Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

La série s’est couronnée par une exposition personnelle au Musée de l’art contemporain à Minsk en 2002. A l’ouverture de l’exposition il y a eu des projections sur les cubes, une fille qui jouait de la partie externe d’une fenêtre fermée, et pendant un mois les femmes âgées employées du musée, ont donné à manger à un petit poisson rouge qui était un fragment de l’exposition.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse
A l’ouverture de l’exposition Sensations de fantôme, Musée de l’art contemporain, Minsk, 2002

Nous avons eu une exposition au centre Hasselblad… Passé-Futur. Point d’intersection, 1998. C’est le point culminant de ma carrière pour le moment. Et peut être pas seulement pour moi.

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Catalogue de l’exposition à la Maison centrale de l’artiste pour le 150ème anniversaire de la photographie, Moscou, 1994.

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Catalogue de l’exposition au centre Hasselblad, 1998

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Catalogue de l’exposition, Stockholm, 2000

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Sergey Kozhemyakin, Gunilla Knappe (directeur de la galerie), Galina Moskaleva, Igor Savtchenko. Hasselblad-centre, Göteborg, 1998

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Montage de l’exposition au Hasselblad-centre

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Exposition Minsk-art, espace, temps. Millennium House, Londres, 2000

Jamais la photographie créative biélorusse n’a été exposée à un tel niveau. Dans cette salle étaient présentées Avedon, Robert Frank, Koudelka et d’autres célébrités mondiales. Pour nous c’était une grande honneur et un grand plaisir. En effet, on a eu 3 expositions personnelles dans 2 salles énormes. Moi, Igor Savtchenko et Galina Moskaleva étaient sélectionnés par les curateurs du centre. Peut être, les publications dans Photo Manifesto ont eu un impact, ainsi que l’exposition à Berlin dans la IFA galerie en 1994. L’information a été envoyée aux spécialistes.
Nous avons décidé nous-mêmes quoi, où et comment exposer. Le curateur était le professeur finlandais Yan Kaila. On nous a envoyé un plan de la galerie, et nous avons tout planifié d’avance. Au début Yan a voulu participer mais ensuite compris qu’il ne fallait pas se mêler du processus, que nous étions assez autonomes pour tout faire nous-mêmes.

Millénium. Nous avons participé à un grand projet européen, After the Wall, 1999. Le curateur David Eliot est venu à Minsk. Il a rencontré les artistes. Dans la dernière journée de sa visite nous avons pu le rencontrer. Et après il a choisi nous trois, moi, Igor et Galina, et aussi Levtchenya avec une inscription conceptuelle sur le mur et Klinov avec ses fameuses valises. L’exposition a eu lieu dans le Musée d’art contemporain de Stockholm. Ensuite l’expo a été montrée dans la Galerie nationale de Berlin et au Musée national de l’Hongrie. 150 auteurs, analyse de l’art contemporain de l’espace post-soviétique. Le projet a été décrit comme un des plus de qualité mais aussi contradictoire. J’ai photographié en ce moment Minsk, pour le projet Minsk: art, espace, temps, curateur Igor Doukhan, le projet a été montré en 2000 à Millennium House à Londres.

Du projet Minsk-Millennium, 1999-2000

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

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– As-tu fait des photos pendant tes voyages?

– Nous avons eu des limites pour le temps. Souvent nous avons monté nous-mêmes l’exposition, communiqué pendant l’ouverture, donné des interviews. Les photos faites étaient seulement pour fixer le moment. A Bratislava une exposition a eu lieu, de notre groupe, plus de 300 oeuvres, dans un abri antiaérien. On a dû perçer 2 trous pour chaque oeuvre… Le béton tient le coup direct d’une bombe avia. Ce n’est pas l’inspiration pour photographier!

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse
A l’ouverture de l’exposition L’écho du silence. Sergey Kozhemyakin, Galina Moskaleva, Vera Bagalians,Vladimir Shahlevitch. Bratislava, 1997.

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L’ouverture du Mois de la photographie. Bratislava, 1997. Photo Sergey Osmachkin.

Quand je photographie, je me plonge dans le processus et j’y vis. Je capte des ondes pour entrer en résonance avec l’espace et la situation. C’est ainsi que quelque chose d’intéressant est né. Peut être c’est particularité de ma pensée. J’essaie de créer des images et remplir les oeuvres des sens. Alors les voyages c’étaient plutôt des évènements de travail.

– Pourquoi on ne sent plus cette activité internationale pendant 5-6 ans derniers?

– Tu parles peut être de la situation générale. Premièrement, l’activité internationale était dans les cercles assez étroits. Elle continue aujourd’hui, au niveau individuel d’auteur. Il n’y a pas aujourd’hui de projets remarquables collectifs, la photographie biélorusse manque d’implication dans les processus généraux. Mais aussi quoi montrer au monde, par quoi éveiller l’inérêt? S’il y a quelque chose d’intéressant, il a y aura le retour. Cela fait la deuxième année qu’on publie l’album de la photographie de presse au Bélarus. Le contexte est clair. L’intérêt envers les évènements dans le pays, l’entrée dans des programmes humanitaires. Qui s’intéressera aux lieux généraux dans l’art et aux amateurs de photo heureux? Il y a partout du bien. En plus, il manque de propositions de curateur précises de notre part. En analysant notre expérience, on peut trouver certaines régularités. Nous avons eu de la chance. Comme on écrit dans les manuels d’école, il y a eu « le temps de l’épanouissement artistique ». Il s’agit de l’intérêt mutuel des deux systèmes politiques divisés dans le temps par des dizaines d’années. Le rideau est monté. L’intérêt est logique. D’autre part -autour des studios de Lobko un milieu créatif se formait, un nouveau langage visuel a apparu, conforme à l’époque. Il y a eu de quoi former la présentation générale sur la photographie biélorusse, bien sûr pas toute mais assez brillante et authentique. C’est ainsi que s’est formé notre groupe qui a eu après de nombreuses expositions communes. Galina Moskaleva, Vladimir Shahlevitch, Uladzimir Parfianok, moi, Igor Savtchenko. A un des moments Parfianok s’est éloigné. Quand nous avons travaillé en groupe, c’était un temps intéressant et fécond. Les efforts de chacun se sont faits dans une direction commune qui aboutissait à un résultat. Igor Savtchenko était une sorte de secrétaire scientifique qui contrôlait tout, suivait que le groupe ne se perde pas à l’aéroport. Il est une personne rationnelle. Galina Moskaleva est une personne très communicative, très aimable, elle trouvait facilement des contacts. Vladimir Shahlevitch est un esthète-architecte, nous avons fait des expositions avec lui, et se sont querellés en défendant chacun sa vision. Dans le sens créatif, bien sûr. J’ai ajouté une portion de créativité et émotions. Et avec cela c’était le produit créatif assez convaincant et original.

– Où est à ton avis la différence entre la photographie professionnelle et créative?

– Quelqu’un s’oriente exclusivement à la vente des travaux, une publicité, une commande, une photo d’intérieur etc. L’auteur s’adapte au client sans rajouter souvent d »attitude personnelle. La photographie peut faire partie du business informatif professionnel, par exemple dans le photojournalisme. Ici il y a ses règles. Pour un autre les bases créatives sont plus intéressantes – forme, tendances, innovations, autoexpression. Dans la photographie, comme dans l’art, c’est le langage visuel original, une vision d’auteur qui importe. Mais les oeuvres une fois présentées sur le marché d’art, deviennent aussi une marchandise. Nous n’avons pas encore cela. Il y a une confusion de la photographie professionnelle et amatrice.

– Dans ce contexte une question qui s’impose. Nous parlons de la photographie artistique, créative. Il s’avère que nous citons les noms des gens qui n’ont pas de formation artistique – toi, Parfianok, Savtchenko… Qu’en penses-tu, est-ce une norme?

– Cela ne peut pas être une norme. Tu connais la situation avec la formation photographique. Quand nous avons débuté, 90 pour cent des photographes de notre milieu avaient une formation technique, moins étaient humanitaires. Et mainenant presque la même situation. Pas du tout d’artistes profesionnels. Il y a eu des designers de l’Académie des arts. Leurs travaux se distinguaient par la perfection de la forme, facture. Mais c’étaient des designers corrects, ayant passé à travers le tamis des studios. En maîtrisant les principes de la création des formes, ils ne cherchaient à transmettre la photographie en une image design. Je parle d’Alexandre Ouglianitz, Viktor Kalenik, Lesha Troufanov. C’était une photograhie très rétive socialement. Malheureusement, ils se sont retournés vite à leur métier et n’ont plus montré de photos. Peut être on les verra un jour. La photographie est un phénomène beaucoup plus compliqué qu’on en pense. Elle a sa philisophie et théorie. Et la non-compréhension de cela la simplifie énormément. Idem pour l’unité de la forme et du contenu. Mais c’est la photographie qui y a ses paroles dans cette chanson, qu’il faut apprendre. Evidemment, la connaissance de l’histoire de l’art, au sens large, est nécessaire. J’y rajouterais encore l’histoire de la photographie, pas de la technologie mais des auteurs, projets, textes exemplaires. La connaissance des langues étrangères aussi. La vision en perspective de l’évolution de la photographie est nécessaire pour comprendre sa place sur ce chemin. Comprendre où est la particularité de la photographie et sa place parmi les arts plastiques, où sont ses points faibles et formes, le savoir de travailler avec tout cela. Sinon on restera toujous au niveau des paysages et des chemins de lune et des travaux similaires aux posters d’une libraire du coin.
Revenons à notre formation. L’absence de la formation académique dans l’histoire de l’art a été compensée par l’autoformation, nous avons lu de bons textes, et bien sûr nous avons étudié la photographie. Peu de gens ont cet horizon au Bélarus. On y a ajoute l’expérience dans les projets européens et la communication avec les curateurs, galeristes. Seulement derniers temps apparaît la jeunesse qui étudie ce domaine de manière profesionnelle, il faut qu’elle acquière de l’expérience. Mais en général la situation est déplorable quant à la formation photographique. Un grand nombre de cours où on fait apprendre le métier. C’est demandé. Mais c’est tout. Cette question d’ailleurs fait penser à comprendre la particularité de la photographie comme un médium. Un artiste académique ayant pris l’appareil photo dans les mains, produit parfois des banalités et on pense où disparaît la formation. Où bien il utilise la facture photographique comme le fonds de ses peintures. Ici on a un résultat plus intéressant car il s’y connaît bien.

L’ordinateur a créé un nouveau contexte. Sans formation artistique il est difficile de créer des images digitales, par exemple de manière professionnelle et fiable. Souvent on a un design bricolé et pas un art. Le savoir de travailler avec la forme, composition, facture visuelle, couleur y serait bien utile. Comparé avec un peintre je suis dilettante. Je ne sais pas dessiner, ne maîtrise pas parfaitement la couleur. Mais je ne travaille pas avec tout cela. Je fais de la photo. Toi, par exemple, tu fais quand même du graphisme, même si sur l’ordinateur, tu travailles comme artiste avec la synthèse de l’image en perdant avec cela le lien inné avec la réalité reflétée. Et moi je fais l’analyse de la réalité même quand je fuis la photographie directe. Nous utilisons les mécanismes d’influence différents. Tu crées une composition et je l’extrais de la réalité. Tu es plus libre dans la création des images synthétiques. Pour moi dans la réalité il y a des choses plus intéressantes même si cette réalité n’est pas évidente. Ce sont des types différents de vision et de pensée artistique. Ces deux voies étaient propres à la photographie à ses origines.

– Dagger et Niels ce sont un peintre et un scientifique…

– …Nadar et Robinson. Document ou pentire. Rélisme ou pictorialisme. C’est la problématique du début du siècle précédent. Les deux courants évoluaient, parfois un d’eux dominait, puis tout changeait. Il n’y a pas de contradictions, surtout maintenant, quand tout perd ses sens initiaux. L’auteur prend la décision en se basant sur son propre choix. C’est ici alors qu’il faut avoir une bonne formation artistique qui inclut la photographie.

– Tu fais partie des pas nombreux qui ont visité l’Europe pas pour les buts touristiques mais professionnels. En effet c’était un transfert dans un autre monde, pas seulement géographiquement mais intellectuellement. Où est le conflit et où est l’utilté?

– L’absence de la petite patrie, trop de déplacements – tout cela mettaient de certaines bases de vision du monde. Les voyages avec des expositions à l’âge conscient – plusieus moments se montrent. Certaines impressions étaient directes – passer d’un autre monde dans un autre. Le premier voyage au Danemark était un choc culturel où au début des années 90 tu te trouves dans un autre milieu de couleurs, architecture. Les gens sont habillés autrement. C’est un choc culturel de sens quotidien. L’abondance en tout – objets, produits, publicités. Cela écrasait. Je me rappelle, nous nous sommes arrêtés près d’une station d’essence à Berlin en allant dans la ville, et avons vu un kioskque avec les produits pour les touristes. Comme chez nous maintenant. Nous sommes entrés et ont été stupéfiaits de tout ce que nous avons vu… et nous sommes sortis à la file avec les sacs de voyage achetés, bon marché et jolis, et identiques. L’instinct grégaire soviétique marchait bien au début. La jeunesse risque de ne pas trop comprendre la situation. Mais quand nous avons vu pour la première fois les magasins occidentaux pleins de snickers, comme chez nous maintenant dans les hypermarchés, la tête tournait. Chez nous à l’époque les magasins étaient propres comme les rues de Minsk maintenant. On se sauvait pendant les rencontres avec les collègues photographes en se trouvant dans un milieu habituel.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse
Livres,catalogues, revues avec des publications

En général cela a élargi l’horizon, a remédié la maladie nommée le provincialisme quand tu fais quelque chose sans savoir ce qui se passe autour. J’ai visité plus de 10 pays dans cette période. Nous avons rencontré les gens différents mais plutôt proches à la photographie. Et en communiquant avec eux je comprenais qu’avec toute la diversité du monde, il y avait des valeurs de base communes pour tous. Parfois on oubliait même dans quel pays on se trouvait – tout le monde était préoccupé par les mêmes choses. Une des impressions les plus agréables est restée d’un plein air en Pologne. En Puszcza Białowieska se sont réunis les artistes pour travailler en plein air. Une fois, déjà installés, nous avons été dans une soirée créative en parlant cinq langues à la fois, en se traduisant. Russe, angalis, polonais, allemand, français. Et toujours de l’art. Une polyphonie linguistique et conceptuelle merveilleuse. Je me rappelle avoir traduit à la volée les concepts créatifs de Sazykina du russe en anglais, et depuis l’anglais on a traduit vers les autres langues. Les Français ne connaissent pas souvent l’anglais. Et les questions venantes ont été aussi traduites en plusieurs étapes, à travers l’allemand et le polonais. Et tout le monde se comprenait.

– Est-ce que ces voyages ont donné des impulsions créatives?

– Ces voyages donnent une grande motivation pour la création. On rencontre un organisateur, on communique avec le curateur, on est un auteur avec toutes les conséquences agréables. C’est l’attitude, le travail professionnel – on voit comment cela peut être. Ailleurs. Ici – l’énergie interne s’épuise, il s’avère, seul l’enthousiasme interne personnel marche. Ou l’enthousiasme du début… Nous avons parlé aux curateus du haut niveau, vu comment il fallait préparer l’organisation des expositions, la présentation d’un projet. Chez nous maintenant aussi il y a de nombreuses expositions qui manquent de publicité et annonces. Plein d’efforts sont investis dans une exposition, mais le fait de la suivre semble supplémentaire. Mais ce n’est pas ça. S’il y a une exposition il doit avoir une activité culturelle autour. Il faut suivre toute la procédure – inviter les gens, les médias etc. Sinon cela tombera dans l’oubli. Mais il faut dire que dans notre situation en tout cas beaucoup de choses tomberont dans l’oubli. La photographie se trouve toujours à la périphérie des intérêts de l’Etat, et très loin du peuple. Plus précis, c’est le peuple qui s’en éloigne.

– Mais il y a des expositions où ces conditions sont respectés…La presse, la publicité, les articles.. Un simple exemple – ton exposition La cinquième saison de l’année. Tu l’as faite, comme je vois, avec le respect de toutes les règles disponibles. Es-tu content du résultat dans ce cas?

– Je comprends de ce que tu parles, mais cela fait longtemps que je vis ici et j’imagine très bien ce qu’on peut attendre pour éviter les déceptions. J’ai fait le minimum nécessaire. Le résultat dont tu parles, on n’en a pas, comme pour presque tous les projets photo au Bélarus.

Du projet La cinquième saison de l’année, 2009-2011

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

De la série L’architecture chinoise contemoraine. Commémoration au parc 40 ans Octobre, 2012.

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Du projet Les arbres mentaux, 2012

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse

Sergey Kozhemyakin photographe biélorusse
Fragment de l’exposition Les arbres mentaux. Palais Rumyantsev-Paskevich à Gomel, 2012. Photo : Sergey Zhdanovitch.

– Dans les pays photographiquement développés le résultat d’une exposition réside dans les matériaux de presse, l’édition d’un livre, l’invitation dans les projets et galeries d’un plus haut niveau, l’augmentation de la valeur des oeuvres etc. En plus, l’édition du catalogue d’auteur est une condition indispensable pour la promotion initiale réussie. Le tout n’est pas notre cas. J’espère faiblement- pour le moment. Trop de facteurs ne sont pas encore produits. Mais parlons d’un autre résultat. Le projet a duré 2 ans et je ne comprenais pas quand il terminerait. Ce processus aurait pu durer encore quelques ans. Il s’est avéré, le Musée a proposé de faire une exposition. Il y avait une salle de concert, une date fixe. Et la question s’est posée – il y a ma vision de ce projet dans l’idéal, et il y a ce qu’on peut réaliser dans la situation précise. Pour ograniser une expo il faut investir de l’argent. Avec cela, les grandes dépenses de l’auteur ne garantissent un certain résultat. Le choix est simple. Tu fais ou tu ne fais pas. Je suis content du projet. Quant à sa réalisation – ce n’est qu’une variation possible. S’il y a d’autres occasions – il y aura une autre forme de présentation. Un autre résultat. Dans nos conditions savoir ne pas abandonner son activité de passion, en continuant le mouvement, est aussi un résultat.

– Il y a Minsk, capitale européenne. Y a-t-il un espace d’exposition qui te plaît, que tu voudrais assimiler ?

– Non, il n’y a pas de cette salle. C’est en général. Je parle d’une salle comme d’un espace atmosphérique qui travaille pour l’idée du projet, pour créer une perception nécessaire. La galerie Ў, qui travaille aussi avec la photographie, serait dans nos conditions le seul prototype d’une galerie contemporaine dont l’espace peut être transformé pour une certaine exposition. A part l’espace une galerie c’est aussi l’équipement, la stucture de travail, les spécialistes et les finances. Un mécanisme complexe. Et une infrastructure d’art développée autour, ce qui n’existe pas chez nous selon la définition. Même à Moscou ont été fermées, plus précisément, retransformées, trois galeries principales, sans parler de nous. Où suspendre les travaux sur les murs – cela se trouve toujours.

– Vois-tu des changements, des perspectives? Où c’est un point stagnant?

-A mon avis, il n’y aurait pas de changements vers le mieux. D’autre part – chacun se crée lui-même son bonheur photographique. Sur facebook plein de photographes jeunes et enthousiasmés! Bref, c’est ennuyeux de parler de ce qui est déjà mauvais. Il vaut mieux dire que tout sera bien. La bibliothèque de l’Ecole de la photographie a reçu en cadeau une sélection de cent photo albums magnifiques. Cela ne tombera pas dans l’oubli.

– Tu enseignes…

– Derniers ans j’ai enseigné dans trois universités la photographie non technique. J’ai enseigné à la chaire des arts de l’Université biélorusse d’Etat, ensuite à la chaire des téléopérateurs en Académie des arts. La dernière fois parallèlement avec les étudiants j’ai assimillé les Bases du photojournalisme à l’Université biélorusse d’Etat. J’ai enseigné un peu aux cours auprès de l’Union des designers, mais j’ai quitté suite à l’absence du besoin et l’impossibilité d’influer sur le résultat. Il est intéressant de faire apprendre à voir, réfléchir et analyser ce qui est une partie importante de la création photographique même si semble à certains inutile. Dommage.

– Des observations se seraient formées durant ces années.. Y a-t-i un résultat de cette activité? Sens-tu un retour pratique?

– Difficile de dire… Je rencontre les étudiants qui disent merci. En général il est difficile d’évaluer le résultat. J’ai participé au processus de la formation humanitaire dans la photographie pour les spécialistes dans des domaines divers, mais je ne travaille pas sur le résultat final comme auteur tout fait. Aux designers par exemple a été donné ce cours pour élargir l’horizon, développer la pensée visuelle. Probablement, je donne une certaine impulsion dans le domaine de connaissance et compréhension de laphotographie. Ce n’est pas à moi de juger. L’enseignement dans les universités c’est plutôt un sponsoring intellectuel. Ce processus fait gagner un argent dérisoire mais il y a d’autres moments. C’est un grand échange d’énergie. Cela permet de tenir le tonus. Ou au contraire, cela épuise quand on essaie de faire bouger les gens peu motivés et indifférents envers le processus créatif.

– Tu as un autre projet…

– Il y a eu une tentative de préparer un livre sur l’histoire de la photographie biélorusse. Peut être je ne dois pas expliquer pourquoi cette tâche est dure à réaliser. Nous avons décider de faire ce livre avec Igor Savtchenko en 2005. Nous avons voulu le présenter comme un des aspects de l’histoire de la photographie biélorusse. Il est difficile de créer ce livre sans matériel filtré comme des albums d’auteurs, catalogues, études etc. qui pourraient servir de repères. Il n’y a pas de dix autres versions de l’histoire. Travailler avec chaque auteur, regarder une tonne de photos, assumer la responsabilité de choisir telle ou telle photo pour ce livre. Maintenant je comprends qu’on n’aurait pas dû attaquer l’histoire mais juste mettre en évidence sa vision personnelle. Il est impossible de faire un livre historique en se basant sur le commerce. On peut faire, même plus simplement, mais cela entraîne des compromis imposés, des déformations, l’adaptation à l’opinion d’autrui etc. Pour respecter la pureté du genre tout en comprenant la limite de sa vision, il faut assumer la responsabilité avec toutes les conséquences sous forme de reproches…

– C’est inévitable…

– Nous avons accepté et commencé à faire. A mon avis, ce livre peut être réalisé seulent dans le cadre d’un projet culturel, avec la compréhension de la spécificité de la photographie, l’implication dans le contexte mondial. Plus qu’un ensemble d’images sympa. Et avec cela il ne faut pas mettre des gains financiers au centre des préoccupations. Il faut énormément d’argent. En 2008 la crise est venue. Il n’y avait rien, juste des faits pas reliés. A une certaine étape le projet a été suspendu. L’enthousiasme s’est épuisé, d’autres mécanismes n’ont pas marché. Un sujet assez douloureux et complexe … l’histoire de la photographie biélorusse. Je ne sais même pas si on a des forces pour continuer le projet. Il est suspendu pour le moment.

– Maintenant on a un nouveau terme « photographie de projets ». La photographie de chevalet, isolée est dans le passé. As-tu quelque chose envisagé? Ou c’est la vie qui intervient pour proposer quelque chose?

– La deuxième variante est plus fréquente. Tu te trouves qulque part, reçois une impulsion, aimes ces conditions, es touché par quelque chose. C’est ainsi qu’est né le proejt La cinquième saision de l’année. Quand on présente une phot sous la forme d’un projet il est plus simple d’exprimer une pensée plus profonde, des sensations et réflexions plus complexes. Il est difficile de s’exprimer par une seule photo.

– Chaque photographe pense – un jour on viendra m’interviewer. Quelle question aimerais-tu entendre et donner la réponse?

– La question « Pourquoi tu fais de la photograhie »? Si sérieusement, j’aimerais vraiment comprendre – pourquoi? Je ne suis pas commercial, de formation soviétique, et j’ai jamais calculé les gains financiers dans la création. Peut être ce n’est pas bien. On peut élargir le sujet. Qu’est-ce qui est un homme, où est le sens de la vie, quelle est sa prédestination? Alors des sens plus profonds apparaissent. S’il y a un talent, il faut lui laisser libre cours sinon il te mangera du dedans. C’est un besoin interne sans lequel il est impossible de vivre. C’est un milieu de communication à travers la photographie quand les gens se réunissent par hasard pour devenir les amis de vision pour toute la vie. Il est difficile dans notre monde changeable avec plein de tentations, de ne pas quitter la compréhension que tout est entrelié. Il y a un désir d’acheter un appareil photo cher, mais il y a le sentiment que cela peut te détourner dans une autre direction dont tu n’as pas vraiment besoin. Accomplir des commandes peu intéressantes, pour « récompenser » la caméra. Etre libre dans la création, mener un dialogue avec le monde par le biais de la photographie, et être libre des désirs inutiles qui peuvent limiter la liberté de la création. La dépendance financière limite aussi la liberté créative. Il faut suivre l’équilibre. Et c’est un grand plaisir de faire ce qui te plaît. Et après il faut réfléchir comment tout organiser pour avoir le retour – exposer professionnellemnt, mettre les photos dans les galeries pour la vente etc. Chez nous tout est plus compliqué. Il faut agir étant sûr que tu fais comme il faut et ton évolution t’es nécessaire. Je n’imagine pas comment c’est de ne pas photographier. Je sens ainsi le monde, à travers le visuel. La musique et la photographie sont deux choses importantes pour moi. Ma vie s’est faite ainsi que je ne gagnais pas beaucoup mais je ne devais à personne. Je fais de la création, j’ai du plaisir et il ne faut pas y aspirer à travers des attributs externes.

– Alors tu es proche à l’harmonie…

– J’aimerais le penser.

– Ton intuition, qu’est-ce qu’elle te souffle sur ta création? L’autoévaluation est toujours intéressante – si le pic est passé ou si tu sens que tout n’est pas dit et l’essentiel t’attend?

– Chacun a son potentiel. Je n’ai pas de grandes ambitions envers ma création. Je me critique pour beaucoup, et il y a toujous des doutes, même si je connais ma valeur. Je comprends qu’il faut être plus organisé dans le travail du point de vue de management, promotion et vente des oeuvres. Parfois les idées peuvent être réalisées en quelques photos ou en une petite série. Et il faut fixer bien les bonnes idées à son nom. Comme a dit dans l’interview Andrey Tchezhin, si tu as commencé à creuser une fosse, il faut le faire profondément pour que celui qui te suivrait, y tombe. C’est dur mais c’est juste. Il y a beaucoup de choses non achevées… Pas d’album personnel. A l’Occident c’est le premier cas de la carrière et chez nous c’est un résultat de vie. Il y a beaucoup de publications dans les livres, revues et catalogues mais c’est isolé et pas disponible ici. D’autre part je comprends que certaines oevres peuvent entrer dans l’histoire de la photographie biélorusse. Ce processus ne dépend pas de moi. Il ne s’agit pas de la qualité, mais de ce que ce sont les exemples du travail d’un auteur qui a agi dans certaines conditions et dans une certaine époque. Et l’époque est on dirait très spéciale, dans tous les sens. Dans le déser photographique post-soviétique on a dû fixer les premiers sentiers, il s’agit de la photographie créative. Perestroika, crises, marché, révolution digitale. On a dû s’adapter à tout, trouver une possibilité de faire quelque chose personnelle. Je participe toujours à des projets divers. Parfois juste pour maintenir la forme en comprenant bien qu’il n’y a pas beaucoup de sens. La situation photographique a beaucoup changé. Trop de photographie, alors moins de qualité. Le langage de la photographie a aussi changé. Le milieu a été occupé par les amateus photo. J’aimerais faire ainsi que ma photo soit différente des autres. Faire à ma manière, autrement. Ce sont les amateurs qui imitent ce qu’ils avaient vu… Le temps est venu de faire des projets très forts, qu’ils touchent et excercent une influence, bougent l’auteur dans l’espace photographique mondial.
C’est très compliqué. Surtout ici. Mais l’essentiel nous attend encore. Lisez Bulgakov.

– Maintenant les jeunes préfèrent la photographie de tous les arts. D’une centaine de personnes 2 ou 3 seraient similiaires à toi, à Savtchenko. Similaires pas avec la création mais avec le choix du chemin dans la photographie. Imagine ces jeunes gens à l’âge 20-25. Quels conseils pourrais-tu donner et de quoi mettre en garde?

– Je pourrais seulement conseiller qu’ils soient sûrs de leur choix, que c’est leur chemin. La photographie subit le traumatisme obstétrical – la masse, l’absence de formation, chez nous s’y ajoute l’absence de la reconnaissance par la société. Il faut être absolument sûr que c’est à toi, que tu ne pas vivre sans cela. Et alors il faut travailler sérieusement, apprendre, s’auto-former. Et définir de manière précise – soit tu gagnes de l’argent, soit tu t’exprimes artistiquement. Il est dur de réunir ces aspects partout. Il faut traiter la formation avec toute la sériosité sachant qu’à part la technologie il y a une couche humanitaire énorme où il faut s’orienter. Quand on trouve un vrai but de fausses opportunités ne vont pas séduire. Il ne faut pas ignorer les loies du monde contemporain pragmatique, il faut savoir y vivre, travailler, se réaliser. Ce que je me souhaite aussi.

– Merci pour la rencontre, Sergey Ivanovitch. On a besoin de toi!

Interviewer: Valery Vedrenko
Photo: Sergey Kozhemyakin

http://znyata.com/z-proekty/legends-kozhemyakin-1.html

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