L’interview avec le couturier biélorusso-américain Dmitry Sholokhov

Le designer biélorusse Dmitry Sholokhov habitant à New York, qui a gagné le concours international de haute couture Project Runway, entre en collaboration avec une marque de vêtement design biélorusse.

Voilà la traduction en français de son interview au portail d’actualité biélorusse TUT.BY.

– Dmitry, vous avez déménagé à New-York il y a 10 ans. Comment ont été ces dix années avant Project Podium? Comment vous vous êtes adapté? De la nostalgie pour le Bélarus? 

– J’habite aux Etats-Unis déjà depuis 15 ans, l’adaptation s’est faite petit à petit: l’intégration dans la culture, l’expérience professionnelle, des chutes, des hausses… Bien sûr, mes parents me manquaient, surtout pendant quelques premières années. Ensuite on s’habitue. La vie change : maintenant je suis plus proche de la maison, à Minsk.

– Avant d’être connu dans le projet Project Runway, vous avez participé à un autre projet aussi connu 24 Hour Catwalk. En allant au Project Runway, avez-vous eu la crainte de devenir quelqu’un de sorte de participant professionnel des télé-réalités en vogue pour les spectateurs?  

– Je suis allé au show ayant déjà une grande expérience de travail dans les sociétés phares. Avant mes amis et les représentants de l’industrie m’avaient proposé de joindre le Project Runway pour devenir célèbre. Mais je croyais avoir dépassé cela, avec un nom déjà connu dans mon industrie. Puis un moment est venu où je me suis senti prêt à me mettre en relief comme personnalité car j’avais fait pas mal de collections haute couture pour d’autres maisons de mode. Tous les lauriers tombaient alors sur les autres, je restais dans les coulisses. J’ai été alors prêt pour sortir de l’ombre.

En regardant la 10-ième saison du Project Runway, j’ai eu l’impression que vous étiez à côté des autres participants. Pendant qu’ils s’amusaient, se querellaient, tombaient en hystérie, vous étiez plongé dans le travail. Quelles sont à votre avis les qualités qui vous ont aidé à emporter la victoire et vous ont rendu différent des autres?

– En premier lieu il faut rester soi-même. Si tu essaies de projeter quelque chose qui n’est pas toi, cela ne marchera jamais. J’ai été toujours concentré sur le travail car la qualité de mes réalisations nécessite l’attention constante. Je n’ai jamais essayé d’attirer les caméras. Je n’en avais pas besoin, j’étais sûr de mes capacités. Je suis venu pour gagner, le reste ne m’intéressait pas.

– Il y a eu de nombreuses épreuves. Laquelle est restée dans votre mémoire? Laquelle a paru la plus compliquée, non-intéressante ou, au contraire, la plus inspirante?

– Le plus intéressant devoir était de préparer les costumes pour Radio City Music Hall pour The Rockettes. C’est un théâtre grandiose, il a une telle histoire! J’avais eu l’opportunité de rester assis sur la scène en pleine solitude, contempler ce grandiose et créer. Comme j’avais fait de la danse sportive professionnellement, cette scène m’était très proche. C’est le moment que j’ai retenu le plus.

Une autre chose pas autant compliquée mais plutôt nerveuse était le travail avec les enfants. Je n’ai pas d’expérience d’avoir créé un design pour enfants. En plus il faut une approche particulière quand on travaille avec les enfants. On ne peut pas tenir l’enfant sous le contrôle.

Dmitry Sholokhov

 Autant que je me rappelle, certains enfants ne savaient encore pas parler. 

– Certains ne marchaient encore même pas! En plus, chaque designer a reçu des poupées électroniques imitant les nouveaux-nés, qui réagissaient comme les êtres vivants. Il fallait les nourrir, coucher, ils pleuraient tout le temps. Cela détournait du travail: il a fallu combiner le travail et le soin de l’enfant. A un moment cela m’a même semblé une moquerie.

– Comment définir l’ADN de votre marque? Quelles valeurs de base essayez-vous d’apporter dans le vêtement créé?

– Mes vêtements se distinguent par la qualité et la perfection. Je ne cours pas après les tendances de mode. Depuis la naissance j’ai un équilibre dans tout ce que je fais. C’est original, actuel mais hors du temps: il y a toujours un élément classique. Le vêtement que je fais, est actuel aujourd’hui et le restera dans 5 ans. La pratique l’a montré déjà: je suis couturier professionnel depuis déjà 8 ans. Les vêtements créés par moi il y a 8 ans, restent actuels aujourd’hui. J’espère c’est pour les années à venir aussi. Ce sont les choses pour les collectionneurs de garde-robe. Là le secret du succès d’une personne qui s’intéresse à la mode: collectionner les choses uniques qui seront toujours en vogue. Comme disait ma mère: Nous ne sommes pas si riches pour acheter les choses bon marché.

 Je sais que votre famille a joué un grand rôle dans votre formation comme couturier. Pourriez-vous nous en parler. 

– J’ai les parents formidables. Mon père est artiste, ma mère est médecin. C’était une combinaison intéressante de la création et du réalisme. Mais mes parents m’ont toujours permis de rester moi-même. J’ai eu toujours la liberté de création, ils m’ont développé, écouté, respecté mes envies. En même temps la discipline était assez sérieuse. J’ai fais de la danse sportive. Depuis le bas âge j’ai été indépendant car nous avons beaucoup voyagé.

– Pour le moment donné vous vous considéré designer américain? Peut-on dans le monde contemporain définir la mentalité nationale de la mode?  

– En premier lieu je me considère artiste. Peut être, dans tout ce que nous faisons, se reflète tout ce qui nous entoure. Mais je ne crois pas qu’un artiste a une nationalité. Il projette son âme.

Vous êtes venu au Bélarus pour créer une collection commune avec la société biélorusse O.Jen. Tenant compte des perspectives ouvertes devant vous après la victoire dans le Project Runway, de votre participation dans la Semaine de mode à New York, quels sont vos objectifs de la collaboration avec une compagnie biélorusse? Quelles perspectives voyez-vous?  

– Les perspectives principales sont l’évolution, la mienne et celle de la compagnie O.Jen. Toute compagnie, toute unité créative a besoin d’une expérience et collaboration pour évoluer et grandir. J’espère pouvoir partager mon expérience occidentale ainsi qu’apprendre quelque chose chez O.Jen et les artistes biélorusses.

– Quels traits seraient en commun dans la marque O.Jen et votre création? Quelle est la base du succès potentiel de votre collaboration? 

– La suggestion de collaborer a été faite par la société O. Jen. J’ai étudié leur activité et leurs collections  J’ai aimé leur esthétique, elle m’est proche. Ils suivent aussi la silhouette et l’image classique. A mon avis, nous pourrions faire quelque chose d’intéressant ensemble, sans perdre nos qualités et esthétique personnelle.

 Quel serait le format de votre collaboration?

– C’est une création commune: nous concevons ensemble une collection, et allons travailler ensemble dessus. La responsabilité serait aussi commune.

– Serait cette collaboration régulière? Peut être une marque commune? 

– Je pense que le temps montrera le succès du projet et sa perception par les biélorusses. Maintenant nous nous concentrons sur le jour présent. On a l’envie de plaire aux amatrices de mode biélorusses, faire quelque chose de frais, actuel sans pendre la classique à laquelle nous aspirons.

Cette collection sera présentée à Belarus Fashion Week, ensuite à Moscou à Mercedes Benz Russian Week. En automne vous envisagez de présenter la collection de votre propre marque à la Semaine de mode de New-York. Et il y aura encore une collection pour Lord&Taylor.

– La collection pour Lord&Taylor sera prête déjà en avril .En même temps en avril nous montrerons la collection au Bélarus et à Moscou. En septembre je vais montrer une collection sous mon propre nom.

– Comment pouvez-vous gérer une tel nombre de tâches? 

– J’essaie d’être entouré par des personnes créatives qui m’inspirent et que j’inspire.

– Il me semble, vous voudriez conquérir plusieurs marchés à la fois: l’Europe Orientale (Russie, Bélarus) et les Etats-Unis. Est-ce vrai? 

– Le marché américain est mon marché essentiel. Je le connais. Le marché biélorusse et russe est nouveau pour moi. Pour mon développent j’ai besoin de cette expérience, c’est pour cela que je suis ici.

– De quoi, à votre avis, se distingue votre travail sur la marque de vêtement existante, de la création, développement et maintien de votre propre marque?

– Pour mettre des bases d’une marque il faut énormément de forces, ressources, temps, travail administratif. Il ne reste autant de temps qu’on veut, pour la création elle-même. Peut-être, c’est l’étape la plus difficile. Quand la marque est déjà développée, les efforts s’investissent dans le maintien de la qualité des produits, la génération de nouvelles idées et le travail.

Faut-il développer le domaine de haute couture au Bélarus? 

– Pourquoi pas? Le Bélarus se trouve au centre de l’Europe, on a autant de personnes créatives. On a le tout pour cela. Le développement dans tout domaine est un grand avantage pour le pays et sa culture.

– Y a-t-il des moments avec lesquels vous ne êtes pas d’accord dans l’industrie de mode contemporaine? 

– Je peux ne pas être d’accord avec plusieurs moments dans le monde de mode. Aussi bien que plusieurs peuvent ne pas être d’accord avec ma vison de tout cela. La mode est un domaine très spécifique, tu ne peux pas plaire à tout le monde. Je l’accepte tranquillement.

– Comment réagissez-vous à la critique? 

– A la critique constructive je réagis positivement. Si une personne avec de l’expérience te donne un conseil, même si tu n’est pas d’accord avec quelque chose, il faut prêter l’oreille. Toute ma formation se basait sur la critique des professeurs et couturiers professionnels. Il faut être assez sûr de soi pour savoir accepter la critique.

– Qu’est-ce qui serait la meilleure preuve de la reconnaissance d’un couturier?  

– Les ventes. Pour se développer, le designer a besoin d’investissements. Si les gens achètent ton vêtement, cela signifie qu’ils l’aiment. S’ils n’achètent pas, alors il faut travailler plus et refaire quelque chose.

La source de l’interview et des photos – portail TUT.BY

Interviewer Irina Zhukova

Traduction en français  Yuliya Novik

 

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