Une vingtaine de Français aimeraient bien déménager à Babruysk…

Du charme français et du naturel européen, une tenue simple d’été (sans se prendre la tête pour l’habit !)….  Ainsi me rencontre le réalisateur français Fabrice CARREY. Le canicule à Minsk ne nous empêche pas de parler du théâtre français et biélorusse. Quelle est la différence et qu’est-ce qui les réunit ? Et, la question éternelle, où est-il mieux ? L’association gérée par Fabrice, a été fondée à Paris il y a vingt ans. Elle réunit les comédiens français et biélorusses et les professeurs d’art théâtral, tous oeuvrant sur l’échange franco-biélorusse théâtral.
Fabrice CARREY, fondateur, directeur artistique de l’association franco-biélorusse « Demain le Printemps »:
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 — Comment se fait-il que vous vous êtes retrouvé au Bélarus ?

— J’y suis venu en 1993. A Paris j’avais accueilli des journalistes biélorusses. Ils m’ont parlé de l’Académie des arts, et cela m’a intéressé. Ensuite ils m’ont envoyé une invitation – et je suis parti. La première chose que j’ai vue à l’Académie était la variante brouillon du spectacle de fin d’études « Lysaya spiavachka » (La chanteuse chauve) (Lidzia Manakova a invité Mikhalai Pinigin pour cette mise en scène). C’était génial ! J’ai pensé: bon, alors je resterais ici plus d’un an. Et je suis entré à la troisième année d’Académie après avoir fait deux ans de consevatoire en France. Je connaissais en russe que les mots « da », « net », « vodka », « perestroika ». […]

— Avant de venir au Bélarus vous avez eu des rôles, vous avez essayé d’être le metteur en scène ?

— Bien sûr. Mais nous avons une école pas pareille là-bas. Elle commençait avec Molière. A cette époque le jeune comédien apprenait à copier son maître. S’il jouait mieux que celui-ci, la liberté apparaissait: il commençait à créer. La méthode de Stanislavski, répandue en Russie et au Bélarus – c’est une autre chose. Dans notre école on part de la copie, souvent – on part du texte. Nous prenons une partiture du rôle, la lisons bien, et ensuite commençons à jouer. Mais ce n’est pas suffisant pour parler d’une école. En général, en France il n’y pas de format pour apprendre l’art, pas de forme académique, pas de planning où les étapes d’apprentissage sont établies. En France parfois un homme peut faire pousser une barbe et dire qu’il est l’élève de Tovstonogov. Et voilà – il est l’acteur !..

— Il semble, en France il ne manque pas de comédiens, et la concurrence est grande ?

— Enorme ! Plein de gens veulent devenir comédiens, et il y a plein d’écoles et méthodes de toute sorte. Ainsi, avec 350 écoles supérieures profesionnelles, il y a un seul théâtre équivalent à vos troupes nationales: « La Comédie Française ». Les autres sont privés, parfois ils peuvent être subventionnés par le gouvernement.

— Au Bélarus il y a l’indice de remplissage moyen de la salle de spéctateurs… 

— L’Etat paye pour faire évoluer le théâtre, le sponsorise: réparations, salaires. Pour quoi ? Pour que le spectateur vienne ! Quel sens pour l’Etat d’avoir une salle vide ? C’est une position claire. Chez nous – la même chose. Vous voulez faire un spectacle – il vous faut un sponsor. Le sponsor dit: « Je veux que vous mettiez en scène telle ou telle pièce », et si vous voulez une autre – il ne vous donne pas d’argent. Il y a plein de plateformes. Une petite troupe veut jouer un spectacle sur la scène – payez le loyer et faites-le. Certains réalisateurs font des projets commerciaux, invitent des stars de cinéma, mettent en scène des comédies vives, font de la publicité. Et à la scène nationale l’Etat donne des suventions à condition que « ce mois le spectacle soit mis en scène par tel ou tel réalisateur ». Le dernier recrute des comédiens, organise des répétitions, montre le spectacle – et au revoir. Il y a des troupes à part qui reçoivent de l’argent, par exemple le théâtre Ariane Mnouchkine – une sorte de mini « Comédie Française ».

Au Bélarus il y a une stratégie nationale, et tout le monde la connaît. On peut s’exprimer, on peut essayer de changer quelque chose, tout est ouvert. Et en France chaque sponsor a sa propre stratégie. C’est une des raisons pourquoi il est très difficile à nos comédiens de trouver un travail.

Quelques mots sur la formation théâtrale. Vos étudians ont des cours du matin jusqu’à la nuit. Mais ils ont toutes les matières. Et dans l’école française l’essentiel est le language que nous appelons « l’art dramatique ». Mais il n’y a pas d’art théâtral comme tel: il est inclus à l’ensemble du language de scène. Et pas de chant ni danse. Certaines écoles l’enseignent pour un grand argent. Il s’avère, notre école française – c’est 20 heures par semaine. Encore autant il vous faut pour travailler et payer vos études. Finalement,  votre cerveau n’est pas orienté que théâtre. Et aucune banque ne va créditer les études. Si le jeune homme veut devenir médecin, la banque est assurée, elle voit où l’argent va, cela sera compensé. Vous savez, je pense, on peut trouver une vingtaine de comédiens français qui accepteraient de venir à Babruysk et vivre dans les conditions où vivent vos comédiens. Et ils seraient heureux de travailler tout simplement ! Il y a le toit, la lumière, la possibilité de créer – c’est l’essentiel.

— Bon, les comédiens ont aussi besoin de moyens financiers…

— Vos comédiens n’ont pas vu la vie réelle. Elle est créée par le travail. Et si l’acteur est en recherche de travail tout le temps, alors lui c’est aussi son agent. D’ailleurs, pratiquement personne ne gagne d’argent avec le théâtre. La plupart des gens ont d’autres boulots. Il semble, les meilleurs doivent gagner bien, mais ce n’est pas toujours comme ça.

— Quel genre est le plus populaire à réaliser en France actuellement ? Des comédies ?  

— Les théâtres privés mettent en scène plutôt des comédies. Les projets d’Etat – des mises en scène contemporaines ou classiques (françaises, mondiales). Les Français ont un faible particulier pour la culture russe: Tchekhov, Dostoïevski…

—Et vos dramaturges favoris… ? 

— J’en ai beaucoup. Peut être avant tout ce sont Tchekhov et Molière.

— Avez-vous jamais lu des pièces de dramaturges biélorusses ?

— Non mais j’ai regardé le spectacle « Pan Tadeuzh » au Théâtre Yanka Kupala. C’est un spectacle d’un très haut niveau. Il a été montré à Paris le 18 juin avec des subtitres…

— Le théâtre Yanka Kupala a aussi montré « Vyasellie » à Paris …

— Mais ce spectacle n’était pas affiché comme celui de Théâtre Yanka Kupala mais celui de la troupe russe. Les Français ne l’ont pas identifié avec un projet biélorusse. Dommage, car je comprends bien comment c’est impotant, que les gens réailsent que c’est le théâtre biélorusse. Dans quel pays sont nés ces acteurs ? Au Bélarus ! Qui les a rendus professionnels ? L’Académie des arts et le Théâtre Yanka Kupala.  Car l’acteur ne peut pas exister sans théâtre. L’école donne le grain mais l’acteur doit le cultiver. 5-10-15 années plus tard l’homme devient un acteur brillant.

— Fabrice, quels sont vos projets futurs ?

— L’objectif principal est de partager l’expérience de l’école théâtrale existant au Bélarus. Nous voudrions aussi collaborer avec la Chine, sous forme d’un échange théâtral. Et aussi on a l’envie d’organiser un échange culturel mais déjà pour les comédiens russophones.

— Vous vivez tout le temps entre Minsk et Paris… Il me semble, ou vous avez déjà deux âmes ? 

— Je ne peux pas choisir. Je me sens également bien là et ici. Je ne pars pas – je reviens, et dans mon agenda je ne note pas « Je pars pour Paris »,  mais j’écris « Je reviens à Minsk », « Je reviens à Paris ». Je suis toujours dans ma patrie. J’aime la France et le Bélarus….

Publié dans le journal « Kultura » en biélorusse, auteur de l’interview originale Palina PLATAVA, étudiante de l’Institut de journalisme de l’Université biélorusse d’Etat

http://ecole-theatrale.fr/

Blog des élèves des cours de théâtre

D’autres articles sur « Demain Le Printemps » sur ce blog: 

Concert d’été

Impressions du spectacle « Caprice français »

Et un article en russe sur un des groupes précédents de ce projet:

Мастер-класс 2009-2010 « Театро » и « Demain Le Printemps »

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