Jaraš Mališeŭski: « La cornemuse (duda) illustre parfaitement l’âme biélorusse, c’est notre code »

Avez-vous entendu jouer un brin de paille ? C’est plus beau qu’une clarinette ! Et la duda (cornemuse biélorusse) ?  Et la lyre ? Et le pipeau (flûte) ? Une fois les entendu jouer, vous sentirez l’envie de vous mettre à danser !  Et vous serez surpris d’avoir découvert cette musique !

Le portail Velvet.by  s’est adressé à Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse pour en apprendre plus.

Est-ce que beaucoup de personnes au Bélarus s’occupent de la restauration des anciens instruments biélorusses ? Et comment cela se fait: selon les livres et photos ou l’info se transmet d’une génération à une autre ? 

Il n’y a que quelques dizaines de personnes au Bélarus qui restaurent et recréent les instruments traditionnels. Mais c’est déjà beaucoup plus qu’il y a vingt ans.  D’une part les vieux maîtres, les derniers, quittent ce monde. De l’autre part, une nouvelle génération vient, et souvent les jeunes gens sont passionnés pour ce sujet.

Comment cela se fait ? Deux voies s’imposent. La première – quand la tradition se transmet. Les jeunes communiquent en direct avec les porteurs des traditions, des acquis, et de l’esprit. L’autre voie – quand tout se reconstruit selon des livres, images, schémas, fixations, via l’observation d’anciens instruments au musée par exemple, parfois dans les pays voisins.

Comment vous avez découvert les instruments traditionnels ? 

Ce n’était pas rapidement. J’ai commencé par la musique de rock que je pratique toujours. Puis je me suis intéressé par le folklore, comme auditeur. J’ai voulu essayé de jouer aussi. Mon premier instrument était un ancien pipeau qui m’est tombé sur la tête d’une ancienne maison.  Et op, cela a commencé !

Ce n’est pas un hasard vue ma passion pour l’histoire et culture biélorusse. En plus mes ancêtres ont été aussi musiciens et jouaient du violon, du tambourin, du basolia.

Un milieu des contacts nécessaires s’est formé et s’est élargi. Puis c’étaient des voyages, expéditions, découvertes …

Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse concert

Voici une de nombreuses histoires amusantes qui me sont arrivées.

Dans un folwark (une habitation) lointain j’ai rencontré un vieux qui fabriquait des pipeaux de… cercueils ! Oui, exactement. Il y avait sur ce territoire la tradition de faire des cercueils en chêne. Une rivière minait le cimetière. Mais le chêne ne pourrit pas. Alors cet artisan fabriquait des flûtes (pipeaux) avec le chêne des cercueils depuis des années. Selon lui, ils avaient une force magique. Il pronçait même des incantations…

Un maître de la Polésie s’occupait, à part la musique, des boissons d’alcool – très bons mais très forts. Alors une fois je suis venu le voir pour récupérer un ocarina et j’ai cédé à sa proposition de goûter « trois gouttes de ce liqueur ». Je me suis revenu à la conscience .. mardi ! j’ai eu un retard partout.

Parfois j’étais le dernier qui a commandé un instrument à un maître presque centenaire. Autant d’histoires différentes se sont passées …

Comment a eu votre première rencontre avec la lyre ? Qui fabrique des lyres au Bélarus ? Il y en a beaucoup en état fonctionnel ? Beaucoup de musiciens en jouent ? 

J’ai vu et entendu la lyre en enfance. Le fameux groupe musical « Pesniary » a réanimé cet instrument dans les années 1970. Et dans les années 1990-2000 j’ai vu la lyre sortir finalement de l’ombre et prendre sa place d’honneur dans l’ensemble des instruments de nos musiciens.

Cet instrument est particulièrement intéressant, j’ai voulu m’en procurer. L’artisan connu Todar Kashkurevich m’a fabriqué une lyre, et je l’utilise aux concerts et enregistrements musicuaux. Un autre maître de lyres s’appelle Ales’ Los’.

Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse

A une époque « joyeuse » la lyre a pratiquement disparu tout comme d’autres instruments musicaux. Heureusement, aujourd’hui cela revient. Surtout cela se voit dans la renaissance de la duda (cornemuse). La lyre reste un insrument peu connu, étant spécial, avec une énergie particulière. On trouve quelques exemplaires dans les musées, et peu mais quelques nouveaux instruments aussi.

Ce n’est pas une grande niche mais elle est tellement belle ! Depuis la nuit des temps on a entendu des chansons de lyre dans des palais royaux, des auberges, aux foires et aux rencontres-discussions. Et des anciennes chansons sont merveilleuses – toute une histoire vivante !

Que préférez-vous comme musicien – cornemuse ou zhaleika (pipeau) ?

Il est difficile de les comparer. Le pipeau n’a qu’une seule voix. C’est aussi intéressant et expressif, même Yanka Kupala (poète classique biélorusse – remarque du traducteur) a nommé ainsi son premier livre.

Mais la cornemuse c’est tout un univers. Il contient un pipeau où le musicien forme la mélodie, des bourdons qui donnent certaines notes, et un sac de cuir où habite l’âme de la cornemuse. La cornemuse est un instrument sacré. Il y a plein de choses, terrestres et spatiales ! En parlant de la cornemuse on pense souvent à l’Ecosse. Comme là-bas, chez nous aussi la cornemuse était un instrument symbolique.

Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse avec sa fille Alzhbeta

On jouait de la cornemuse à la naissance et à la mort, aux dances, aux mariages. On l’a entendu jouer sur un champ de bataille et pendant des rites magiques.

La cornemuse (duda) illustre parfaitement l’âme biélorusse – c’est on dirait notre code.  L’homme qui a pris quelques notes de duda, déjà produit une forte impression. Et quand tu en joues, tu te sens relié à l’univers, biélorusse et pas uniquement. Alors une fois sur ce chemin, on ne revient pas à la vie d’autrefois. Moi je ne suis pas revenu…

Comment avez-vous appris à fabriquer un pipeau (zhaleika ) et en jouer? Chacun le peut ?

La zhaleika, ou un pipeau est un instrument simple, mais sa production contient pas mal de secrets. Cela se fait avec une tige du blé. Premièrement cette tige doit corresdpondre à certains paramètres et avoir un certain « âge ». Il faut la couper à un délai précis, pas plus tôt, ni plus tard. Après il faut la sécher d’une manière particulière, découper une anche, la roussir un peu, faire des orifices. Tout ça est un travail minutieux. Un millimètre incorrect – et la tige est perdue. Et ensuite il faut la couvrir avec plusieurs types du vernis ! J’ai appris tout ça chez Viktar Kulpin. Et alors je peux fabriquer moi-même cet instrument qui suprend les auditeurs biélorusses et étrangers. Parfois on n’arrive pas à croire qu’un instrument si petit et fragile peut produire un son tellement puissant !

Vidéo N.R.M. feat. PAPARAĆ — Metallica — Nothing Else Matters cover

Vous participez aux ensembles musicaux différents. Est-ce que les instruments anciens sont importants pour le rock ? 

La musique de rock est un genre qui aspire à s’enrichir grâce aux couleurs et nuances différentes. Prenez des groupes classiques anglais – The Beatles, The Rolling Stones, Led Zeppelin, Jethro Tullі etc.  Anglais – par la langue mais avec la musique aussi. Les traditions se voient – dans des harmonies, l’atmosphère, parfois des instruments traditionnels. Idem chez les Américains, les Polonais, les Suédois, les Ukrainiens…

Le colori national donne le meilleur rendu. Une grande partie de nos meilleurs ensembles musicaux essaie de suivre cette direction aussi. Venez aux concerts et vous allez tout sentir vous-mêmes ! « Paparats », « NRM » acoustique …

Vidéo Pete Paff — Kuznichka (petite forgerie)

Est-ce que vous jouez de la lyre, de la cornemuse ou de la zhaleika aux amis, pas aux concerts ? 

Bien sûr, chez nous j’en joue aussi. Je soigne avec la guimbarde, charme avec l’ocarina, berce avec la mandoline. S’il faut faire redescendre de la terre, je prend des sharhunys (le grelot).  Que c’est bien de jouer dans un milieu naturel ! Quelle voix a la cornemuse au mont Lysaya, près de la cité Zaslaye ! C’est un lieu magique, avec des pierres sacrées posées il y a plus de mille ans. Le soir, avec le feu, entouré de bons amis … Ou que c’est bon de faire planer les sons de la flûte sur un champ la nuit de Saint-Jean ! Un conte de fée !

Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse

Votre chanson biélorusse préférée – traditionnelle ou contemporaine ?

Il est difficile de répondre ! Je connais plein de chansons, j’en ai composé quelques-unes moi-même…. Parmi les traditionnelles je nommerais « Oy, sivy kon byazyc », ou peut être « Yak vazmu ja rouzou-kvetku », ou « Usie luhi ». Oh il y en a plein ! La tête tourne. Tout dépend de l’humeur.

Quand tu chantes pour toi-même, ou dans un voyage, ce sont les chansons anciennes, traditionnelles qui viennent à l’esprit. Elles étaient créées pour que chacun puisse les interpêter, et sans instruments. Sentir leur sens profond.

Lequel des instruments traditionnels est aimé par votre fille ?

Alzhbeta entend les instruments depuis sa naissance, et même avant. Quand je suis venu chercher ma femme Aksana et ma fille à la maternité, et quand elles sortaient, c’est la cornemuse qui les saluait. Probablement pour la première fois dans cet établissement -il faut voir les visages stupéfiaits des gens à tous les étages. On disait après ce petit concert plusieurs femmes ont accouché… 🙂

Un des premiers mots prononcés par ma fille est duda (cornemuse). Mais elle aime le plus le cymbalum. Dès qu’elle l’a vu pour la première fois, elle a dit « Je veux que ça ! ». Et les parents ont cherché le même instrument.

Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse

La fille visite l’école musicale. Elle a organisé son premier concert sur le mont Lysaya, pour les pierres sacrées. Elle nous a inspiré, moi et ma femme Aksana, à créer un livre commun – « L’encyclopédie extraordinaire des instruments musicaux biélorusses ». Actuellement nous nous intervenons ensemble avec Alzhbeta, et Aksana est notre meilleur auditeur et critique.

Jaraš Mališeŭski, musicien biélorusse et sa femme Aksana

Vidéo Pete Paff à Dunilavich, Magutny Bozha  (Dieu Puissant) 

Photos – de l’archive personnelle de Jaraš (source de l’article original en biélorusse – Velvet.by)

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